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MAURICE. Échoué depuis 15 jours sur le récif de la pointe d’Esny, le MV Wakashio perd une partie de son carburant qui se déverse dans le lagon. Un réservoir qui contient près de deux millions de litres de fioul est fissuré. L’île sœur a appelé la France à l’aide, demandant le déclenchement du plan Polmar destiné aux pollutions maritimes.
Environ douze mètres. C’est la différence de hauteur qui a été constatée, hier, entre la poupe et la proue du vraquier de 300 mètres qui s’est échoué il y a quinze jours à Maurice. Le MV Wakashio, battant pavillon panaméen, repose désormais en partie sur les fonds marins. Selon les autorités, impossible de le voir sombrer davantage. Plusieurs des cales du navire ont été inondées, provoquant ce déséquilibre important. Les ingénieurs présents sur place ont également procédé à l’immersion d’autres sas, afin de stabiliser au mieux la structure du géant des mers. Malheureusement l’opération n’a pas permis une stabilisation optimale de la coque. Mais surtout, sous l’effet du mauvais temps notamment, une importante brèche s’est ouverte.
Le ministre de l’Environnement et le directeur des affaires maritimes ont concédé, hier, lors d’une conférence de presse, qu’un réservoir qui contient 1883 mètres cubes de fioul, était fissuré. L’énorme quantité de carburant, un fioul lourd particulièrement polluant, a commencé à se répandre dans le lagon. Une très forte odeur d’hydrocarbure s’est rapidement répandu jusqu’à la côte. Des collégiens de Mahébourg ont même été invités à rentrer chez eux et l’établissement scolaire a fermé ses portes, alors que plusieurs élèves se sont sentis mal en raison des émanations nocives. “L’odeur sur place est insupportable“, témoignait hier une habitante. Dans le même temps, des plongeurs mobilisés pour les interventions sur le bateau naufragé ressortaient du lagon couverts d’une épaisse couche de fuel. L’inquiétude d’une marée noire aux conséquences dramatiques pour la zone sud-est de l’île agite aujourd’hui tous les esprits.
Les autorités se voulaient jusque-là rassurantes sur le sujet, expliquant que le fuel se trouvait dans une partie haute du navire. “Il y a des risques pour le carburant, mais c’est moyen“, expliquait ce mercredi en conférence de presse Alain Donat, directeur des affaires maritimes. “Les carburants sont assez en hauteur. Tout ce qui était en bas a été transféré“.
Catastrophe écologique
Depuis mardi, et alors que les autorités se montraient déjà rassurantes sur le fait que le navire ne pouvait pas couler, les habitants ont remarqué que le Wakashio s’était encore enfoncé. “On a peur que la coque se casse complètement désormais. La brèche est déjà impressionnante et les vagues sont totalement noires au large“, précisait encore une habitante.
Les spécialistes qui travaillent aujourd’hui à maintenir l’épave dans les meilleures conditions possibles, attendent l’arrivée de l’Andromeda qui aura à charge de pomper huile et fioul du Wakashio. Le navire spécialisé affrété pour cette opération, ne devrait pas être sur place avant samedi et devra faire au moins trois voyages pour récupérer l’ensemble des liquides souillés.
Hier, les autorités, face à la catastrophe écologique qui s’annonce, ont appelé la France à l’aide en demandant le déclenchement du plan Polmar. Un plan d’intervention en cas de pollution maritime accidentelle, institué en 1978 suite à la catastrophe de l’Amoco Cadiz en Bretagne. La Réunion dispose de matériels permettant de lutter contre les pollutions maritimes et terrestres. C’est principalement par un apport technique et matériel qu’une aide devrait donc être apportée.
Dans l’attente de moyens pour lutter contre l’importante fuite qui souille les eaux de la baie du Grand Port, plusieurs dispositions ont été prises. Des bouées ont été déployées pour contenir les hydrocarbures qui se déverse dans l’océan, afin de protéger notamment l’île aux Aigrettes. Celle-ci, inhabitée et grande de 26 hectares, est une réserve naturelle qui comptent plusieurs espèces animales ou florales endémiques rares. Dans l’attente, les pêcheurs ont également été priés de retirer leur bateau des plages et du lagon et les baignades sont évidemment interdites.
Selon nos confrères des médias mauriciens, les habitants n’hésitaient pas à exprimer leur colère face à la gestion de la crise jugée insuffisante ou même inefficiente.
Aucune précision n’a été apportée localement sur les moyens qui pourraient être mis en place pour venir au secours du littoral voisin. Mais plusieurs remorqueurs sont en cours d’acheminement vers l’île sœur, sous l’égide d’une équipe spécialisée de la société néerlandaise Smit-Salvage. Le remorqueur réunionnais de la société Boluda, le VB Cartier, est ainsi arrivé dimanche à Maurice avec ses sept membres d’équipage depuis sa base du Port, rejoignant le Stanford Hawk arrivé lui de Singapour. Un troisième navire basé à Oman était attendu sur place en début de semaine.
Outre la gestion de la marée noire, les sauveteurs doivent également récupérer la “boîte noire” du navire, qui sera examinée par la National Coast Guard de Maurice afin de déterminer les raisons de cet échouage, encore inconnues à ce jour.
Julien Georget
> cellule de crise activée
Jacques Billant, préfet de la zone Sud-Océan Indien, a décidé d’activer une cellule de crise réunissant le bureau de l’action de l’état en mer de la zone maritime sud de l’océan indien, la direction de la mer de l’Océan Indien, le centre régional opérationnel de surveillance et de sauvetage, les forces armées de la zone sud de l’océan Indien, la cellule diplomatique et l’état-major de zone de défense. Cette cellule de crise est en lien permanent avec les autorités mauriciennes, notamment via notre ambassade de France à Maurice, afin d’analyser le soutien qui pourrait être apporté par les autorités françaises à l’île sœur dans la lutte contre cette pollution. Au regard des conditions météorologiques et de courant sur trois jours, la pollution devrait rester localisée sur les côtes mauriciennes et ne toucherait pas les côtes réunionnaises.
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