[Faits Divers] Détournement de fonds au lycée hôtelier : le comptable et le gourou risquent la geôle

0
307

[ad_1]

SAINT-DENIS. Hier, la vice-procureure a requis cinq ans de prison à l’encontre de l’ex-comptable du lycée hôtelier de la Renaissance à Plateau Caillou qui a reconnu le détournement de plus d’1,6 million d’euros. Quatre ans contre Arnold Cadet, le gourou. Délibéré le 10 novembre.

Le comptable du lycée de la Renaissance ressemble à Monsieur Tout-le-monde. Cheveux dégarni, bedonnant et valises sous les yeux, il ne paie pas spécialement de mine. Il n’a rien d’un séducteur et il a sans doute eu les yeux plus gros que le ventre en jetant son dévolu sur Annick Elama qui fut sa maîtresse dans le courant de l’année 2016.

 

Tout commence «quand elle m’a demandé de l’aider à financer ma terrasse». Montant de la facture : 13 000 euros. Jean-Charles Deffond n’a pas les sous alors il tape dans la caisse du lycée hôtelier dont il est le gardien des deniers publics. Tout comme ceux du collège des Aigrettes à Saint-Gilles et de celui de Plateau Caillou. «Comme elle menait une double vie et que j’étais éperdument amoureux d’elle, ça a été pour moi une ultime preuve d’amour», précise-t-il.

 

Le comptable a envisagé de réparer ce premier accroc en remboursant l’établissement sur ses fonds propres. Le problème est qu’il a continué à puiser dans la caisse pour sa belle qui en aura tout de même profité à hauteur de plus de 93 000 euros, terrasse en bois de chez Deco des Iles comprise. Pour une amie, il subtilise environ 53 000 euros, escalier en bois et travaux de maçonnerie de la maison inclus. Elle pensait qu’il s’agissait «de cadeaux», redit-elle à la barre. Et que le comptable était son «sauveur». Le comptable est décidément généreux avec la gente féminine.

 

 

“IL SE TRANSFORME EN GRAMOUNE MOUSSA”

 

«Vous vous êtes comporté comme un gamin énamouré alors que vous avez passé l’âge», observe le président Molié. «Malheureusement, les femmes sont ma plus grosse faiblesse», lâche-t-il en sanglotant. «Vous avez un cœur d’artichaut mais restez calme et digne», poursuit le magistrat. «Elle pouvait tout me demander et je lui aurais donné», se lamente-t-il encore.

 

Le coup aurait sans doute pu être rattrapé si Jean-Charles Deffond n’avait pas pris pour argent comptant la recette d’un cuisinier de la Renaissance. «Il m’a dit qu’il connaissait quelqu’un de très très fort avec le pouvoir de faire revenir l’être aimé.» Le cuisto l’a donc mené à la Chaloupe Saint-Leu jusqu’au domaine familial d’Arnold Cadet, 36 ans. Le coureur automobile, gourou et hommes d’affaires à ses heures perdues, flaire le pigeon à plumer. «Cadet m’a promis monts et merveilles», raconte le comptable.

 

Jean-Charles Deffond se retrouve au cœur d’un cérémonial avec bougie, encens et fruits. «Arnold Cadet s’assoit par terre et il se transforme sous un drap en Gramoune Moussa.» Le colosse avec un timbre de baryton avait «les yeux révulsés» et il «changeait de voix», décrit le comptable. De nombreux témoins, dont un ancien gendarme, confirme l’existence de rituels similaires de la part d’Arnold Cadet qui s’en défend bec et ongles.

 

 

“DES SACRIFICES DE DROMADAIRES…”

 

Pour que sa maîtresse reste ou revienne, le comptable doit passer à la caisse. Il réfléchit. «Comme Annick continuait de me torturer l’esprit, j’y suis retourné. Il y a eu un virement de 15 000 euros et là ça a été l’engrenage, le cauchemar total.» Il doit payer pour les rituels et surtout les sacrifices d’animaux à La Réunion et même jusqu’en Afrique. «Des sacrifices de chevaux, de bœufs, de dromadaires… et j’en passe», raconte le comptable.

 

Le fonctionnaire se met à faire des virements bancaires DRFIP sur les comptes d’Arnold Cadet, de ses proches ou de relations professionnelles troubles. Il y a des achats et échanges de véhicules de luxe avec un certain Jean-Bernard Avanandé dont la gouaille et le casier judiciaire en dit long sur les affaires. 108 000 euros pour lui, 10 000 euros pour Giovanni Boudia en guise d’intermédiaire ou 66 000 euros pour Pascal Giraud, gérant d’une concession auto.

 

Les dettes des sociétés en déconfiture de la compagne d’Arnold Cadet sont effacées comme par magie grâce au lycée. Près de 355 000 euros. Selon le comptable, Arnold Cadet ne lui promet pas seulement la réussite en amour, il prétend aussi multiplier les billets à l’envie pour renflouer les caisses du lycée. «En août 2018, il a mis deux grosses valises rouges chez moi mais elles étaient toujours vides à mon retour de vacances.»

 

 

“CE N’EST PAS TRÈS CATHOLIQUE CES ACCORDS TRANSACTIONNELS”

 

Le gourou dément. Mais de nombreux témoins corroborent les dires de Jean-Charles Deffond. Tout compte fait, Arnold Cadet est soupçonné d’avoir empoché plus d’1,2 million d’euros. Il prend même les chèques à entête du lycée de la Renaissance et les espèces tirées de recettes. Les montants oscillent entre 6 000 et plus de 30 000 euros.

 

Pour se couvrir et expliquer la générosité du comptable, Arnold Cadet raconte une histoire de vente de terrain à dormir debout. Ainsi, le comptable lui aurait réglé le pris fixé à plus d’un million d’euros par petits bouts, épongeant un dette par-ci et finançant une voiture par là. «Ce n’est pas très catholique tous ces accords transactionnels», note le président Molié. Arnold Cadet fait la moue et feint d’ignorer comment marche les affaires.

 

«Soyez un peu sérieux ! C’est vous même qui lui avez conseillé de taper dans la caisse», tacle le juge. Arnold Cadet a bien promis de rembourser l’argent détourné au lycée en vendant un immeuble à Conakry, en Afrique Noire. Mais pour l’heure, personne en a vu la couleur.

 

ERIC LAINE

[email protected]

 

 

30 mois ferme requis contre l’agent comptable, deux ans contre le gourou

 

Des « personnalités et des rôles disparates » et au bout du compte plus de 1,2 million d’argent public détournés. La procureure Bérengère Prudhomme dresse l’implacable constat de cette affaire hors du commun qui a dévoilé aussi « le contrôle hiérarchique extrêmement superficiel » sur l’activité de l’agent comptable du lycée hôtelier. 

 

« De la part d’un professionnel qui était sérieux et reconnu, cela interpelle », souligne la magistrate. Ses explications valent ce qu’elles valent mais ses agissements restent des infractions qui visaient à délivrer des paiements à des tiers. C’est extrêmement grave car il s’agit de fonds publics et un agent comptable est une personne de confiance. Cet argent public a été détourné à des fins personnels. Ce qui a causé un sacré trou pour le lycée hôtelier. Que ce soit pour garder sa maîtresse ou pour payer son gourou ».

 

S’agissant du gourou, Arnold Cadet, le parquet considère sa version des faits comme « totalement invraisemblable » en raison de toutes ses contradictions avec le reste du dossier. « Il s’agit de quelqu’un qui se comporte comme un charlatan et qui fait croire aux gens qu’il a un pouvoir », observe Bérengère Prudhomme. Pour le parquet, l’agent comptable se trouvait en état de soumission et de dépendance par rapport au gourou. Et celui-ci a utilisé Jean-Charles Deffond pour rembourser ses dettes par le biais de virements. « Il est complice de l’ensemble des détournements », considère la magistrate. 

 

La première destinataire des virements a été Annick Elama, retient Bérangère Prudhomme en détaillant les sommes versées et celles consacrées à des travaux. « Elle n’ignorait pas que ces fonds provenaient du lycée hôtelier », ajoute la magistrate. Car la prévenue ne pouvait pas ne pas savoir quelle était la signification du sigle « DRFIP » pour direction régionale des finances publiques et au nom de laquelle provenaient des chèques.

 

Pour la « branche automobile » du dossier avec Jean-Bernard Avanandé et Giovanni Boudia, la procureure retient aussi l’intention frauduleuse et des manœuvres pour encaisser de l’argent. De son côté, Sylvie Dafreville « a fermé les yeux et a accepté l’argent », continue la procureure en estimant qu’il ne correspondait à « aucune prestation ».

 

Pour Bérengère Prudhomme, tous les prévenus « sont de mauvaise foi ». Elle requiert cinq ans de prison dont la moitié en sursis probatoire et obligation d’indemniser à l’encontre de Jean-Charles Deffond, quatre ans dont la moitié avec sursis probatoire et obligation d’indemniser contre Arnold Cadet, deux ans dont une partie avec sursis probatoire et obligation d’indemniser contre Annick Elama, six mois contre Jean-Bernard Avanandé et deux mois contre Giovanni Boudia et des peines comprises entre six mois avec sursis et deux ans avec sursis.

 

[ad_2]

Source link

clicanoo

Have something to say? Leave a comment: