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ASSISES. Entendu, hier, Amide Elkarbadji a exprimé ses regrets d’avoir tué le commerçant possessionnais d’un tir de fusil à pompe. Un “coup de folie” plutôt qu’un acte intentionnel assure-t-il, se disant “humilié” depuis des mois par la victime.
Ce matin, l’avocat général a requis 27 années de réclusion criminelle pour assassinat et violences aggravées à l’encontre d’Amine Elkarbadji.
Visage émacié, amaigri par son refus de s’alimenter en détention par “auto-punition”, Amide Elkarbadji ne semble pas feindre les sanglots qu’il étouffe au moment d’exprimer ses regrets d’avoir causé la mort de Nicolas Virassamy, 35 ans, le 25 juillet 2017 à la Possession. “Ya aucun motif qui mérite ce que j’ai fait, mais je jure que je ne voulais pas le tuer. J’ai pris la vie d’un homme, fait du mal à sa famille” s’excuse le restaurateur de 60 ans, qui a fait feu à trois reprises avec un fusil à pompe ce matin-là sur l’étal du bazardier, faisant une veuve et deux orphelines.
Et si la partie civile lui reproche “des justifications”, l’accusé, qui doit répondre d’assassinat, s’est longuement exprimé hier sur le contexte entourant les faits, et notamment cette relation contrariée entre lui, locataire d’un snack à l’agonie et la victime, son propriétaire et voisin d’enseigne : “Depuis mon installation en février, il me promettait de m’installer des toilettes, mais rien n’arrivait alors que moi, je payais le loyer à l’heure, et j’avais investi 15 000 euros de matériel” relate-t-il.
Malgré ses investissements et un travail acharné, l’affaire périclite très vite. La faute notamment à “une concurrence déloyale” de son propriétaire, qui se met à faire lui aussi des poulets grillés le week-end. “Je les entendaient se foutre de moi avec son employé. Parfois, ils me coupaient l’eau où l’électricité alors que les clients faisaient la queue.”
La frustration s’accumule autant que les soucis financiers, jusqu’à cette dispute en juin avec Jacquelin, l’employé, à propos de la cuisson des poulets. “Ils m’ont menacé avec des sabres, disant qu’ils allaient me découper comme un cabri” affirme l’accusé, qui se met alors en quête d’une arme “pour (s)e protéger”.
Mais au lieu d’un “pistolet à moutarde”, c’est bien un fusil à pompe qu’il acquiert quelques jours plus tard. “Le fusil était chargé, je n’ai pas acheté les munitions” jure-t-il alors que l’employé d’une armurerie du Port dit l’avoir vu venir acheter des cartouches, sans pour autant le prouver.
“Ils m’ont coulé l’affaire”
Pourquoi emmène-t-il l’arme avec lui ce jour-là, après avoir rangé ses affaires et fait ses valises ? “C’était pour faire peur, mais pas dans l’intention de tirer” assure-t-il, tout en reconnaissant un sentiment d’“humiliation”. “Ils m’ont coulé l’affaire, sans doute pour la récupérer” estime-t-il.
Ce matin-là, juste nourri de café, d’anxiolytiques et de joints de zamal, l’ancien toxicomane, venu refaire sa vie à La Réunion en 1998, arrive au travail dans l’idée “d’avoir une discussion”. Puis il entend les deux voisins “rigoler.” “J’ai perdu le contrôle. J’ai tiré vers Nicolas en visant les jambes. J’ai dit à son frère de se casser, puis j’ai réarmé, tiré vers Jacquelin qui partait en courant, sans le viser. J’étais dans la continuité de mon délire. J’ai tiré le troisième coup en l’air et j’ai appelé la police” décrit Amide Elkarbadji. “Je ne comprend pas, Madame la présidente, je n’ai jamais eu d’histoire avec personne. Ma tête a bloqué” dit-il avec émotion.
Pour les experts, psychiatre comme psychologue, l’accusé ressentait bien “une forme de persécution” sans pour autant être dans la “psychose paranoïaque.” Et il a bien conscience de la gravité de ses actes, peut-être consécutifs à “une décharge pulsionnelle”. “Il n’est donc pas un psychopathe, quelqu’un d’intolérant à la frustration. Rien ne laissait présager un tel acte” en déduit son avocat, Me Sébastien Navarro.
La thèse d’un homme au bout du rouleau, dans un état proche de la dépression, prend-elle le pas sur celle du tueur froid, calculateur, défendue par la partie civile ? Réponse ce soir, à l’issue des réquisitions et des plaidoiries.
Sébastien Gignoux
Une victime unanimement appréciée
Mort à 35 ans le 6 août 2017 des suites des blessures occasionnées par le tir d’Amide Elkabardji, Nicolas Virassamy a été décrit hier comme “un homme qui travaillait beaucoup, du lundi au dimanche”, formant “un couple très uni” avec son épouse et un père “parfait” pour la petite fille issue de cette deuxième union. “Il avait lâché le snack pour avoir plus de temps à consacrer à sa famille” poursuit l’enquêtrice de personnalité. “Il était très romantique, très présent, organisant des week-ends en amoureux.” Un homme aussi “très entouré” par ses amis et sa famille, dans laquelle il a grandit à la Possession. Passionné de moto et de musculation, il est décrit “souriant, zen, sans histoire”. “Il faisait l’unanimité, je n’ai rien entendu de négatif à son sujet” précise l’enquêtrice.
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