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COUR D’ASSISES. Le procès de Cédric Babas et Pascaline Guilgori, la mère et le ti-père d’Elianna, s’est ouvert hier. La fillette de deux ans avait succombé à des coups ou une projection d’une violence inouïe dans sa chambre, le 28 mars 2018.
”Je n’ai jamais levé la main sur Elianna”, en sanglots, Pascaline Guilgori, la mère de Elianna, réfute avoir violenté sa fille. Dans le box des accusés, elle se trouve à côté de Cédric Babas, le ti-père de la jeune victime de deux ans et demi. Les deux sont jugés à la cour d’assises de Saint-Denis, jusqu’à mercredi, pour des “violences ayant entraîné la mort sans l’intention de la donner”.
L’émotion est vive lors du procès. Une chanson écrite en l’honneur de la fillette retentit dans la cour. La famille du père d’Elianna, qui s’est donné la mort en 2018 après le décès de sa fille, est soudée. Plusieurs proches portent des tee-shirts à l’effigie de l’enfant au sourire d’ange. Ils sont accompagnés des membres du collectif Elianna, créé en février dernier. Tous exigent des réponses et la vérité dans cette affaire sordide.
Dès le début des débats, des tensions éclatent. Le frère de Pascaline hurle : ”Menteur, menteur ! Mi connait la vérité”. Accompagné du père, il est expulsé de la salle d’audience. L’un des enjeux du procès est de déterminer le rôle de la mère, de 28 ans, et du ti-père, de 29 ans, dans la mort d’Elianna. Au cours de la procédure, les deux ont nié être responsables.
“Elle fait encore des caprices”
Le 28 mars 2018, un médecin du SMUR est dépêché dans cet appartement de l’allée des Roberts à Saint-André. A 15h37, il constate, impuissant, la mort de l’enfant. Peu de temps auparavant, aux alentours de 13h30, Elianna sortait de sa sieste. Elle se serait dirigée vers Cédric Babas, en titubant, avant de perdre connaissance. Selon ses déclarations, Pascaline serait rentrée au foyer à ce moment et aurait vu sa fille étourdie. Le ti-père aurait refusé qu’elle s’approche de son marmaille. “Arrête de t’affoler, elle fait encore des caprices”, aurait-il déclaré.
C’est seulement à 14h15 que le couple appelle le médecin traitant. Les voisins interviennent et la cacophonie règne dans l’appartement. Malgré le massage cardiaque et le bouche-à-bouche effectué par un témoin et Cédric Babas, le corps de la petite fille ne répond plus. Les secours arrivent sur place et prodiguent les premiers soins, en vain.
L’examen externe du corps ne fait état d’aucune lésion apparente au premier regard. Or, l’autopsie révèle plusieurs lésions traumatiques : des ecchymoses au niveau du crâne, des infiltrations hémorragiques au niveau des deux bras, le foie et un rein perforés. La petite a été violentée, ce qui a entraîné son décès.
Que s’est-il passé entre 13h et 13h30 ? Lors de ce laps de temps, la mère est partie discuter avec les voisins. Cédric Babas s’est à priori trouvé seul avec Elianna qui faisait sa sieste. Selon plusieurs témoins, la fillette était souriante et en forme juste avant son sommeil. Ils la décrivent tous en pleine forme, joueuse et contente. Y compris l’éducatrice spécialisée qui a passé une heure à l’appartement entre midi et 13 heures.
Un foyer chaotique
Violences conjugales, alcool, stupéfiant, les trois marmailles de Pascaline Guilgori ont grandi dans un foyer chaotique. Elianna a même assisté à une scène terrible : un chien pendu. Toute sa vie, la mère s’est entourée de concubins violents. Les voisins décrivent des scènes de ménages quotidiennes et ont déjà appelé la police. Elle a toujours nié les faits devant les forces de l’ordre.
L’accusée est suivie depuis des années par les sévices sociaux. Ces derniers s’inquiètent du manque d’hygiène, les couches n’étant pas tous les jours changées, et du climat de violence qui règne au domicile. En 2014, sa première fille est placée en famille d’accueil. ”C’est une maman investie. Elle était ravie de la naissance d’Elianna”, témoigne à la barre l’éducatrice spécialisée qui accompagne la famille.
Les semaines précédant le drame, l’accusée a manqué plusieurs rendez-vous avec les services sociaux. Une demande de placement avait été formulée pour les deux enfants, Elianna et son frère, le 9 mars 2018, pour des carences éducatives. ”Elle pleurait beaucoup quand on a parlé de cette décision”, ajoute l’éducatrice spécialisée. ”A ma connaissance, elle n’a jamais été violente envers ses enfants et ne leur criait pas dessus. Elianna n’avait pas peur de sa maman“. “Pascaline n’a pas de gestes violents envers ses enfants, mais c’est par ses décisions qu’elle les met en danger”, assène la présidente de la cour. La fillette avait déjà été victime de violences. Elle avait reçu un panier lancé par un autre conjoint de Pascaline.
Demain, les deux accusés seront entendus pour éclaircir les zones d’ombre. Hier, ils sont restés impassibles derrière les vitres épaisses de leur box. Ils encourent 20 ans de réclusion criminelle.
Benoit Donnadieu
Le profil inquiétant de Cédric Babas
L’accusé est un habitué de la justice. Il a été condamné à six reprises entre 2016 et 2019 pour des faits de violences conjugales et violences sur mineur de moins de 15 ans. En septembre 2016, son fils de 19 mois avait subi ses foudres. Alors que Cédric le transportait sur son vélo, le bambin avait chuté. Une fois au sol, le père lui avait adressé une baffe. L’accusé vivait au domicile de Pascaline depuis plus d’un mois lors des faits. Consommateur quotidien de zamal, jusqu’à 15 joints par jour, il avait fumé ce 28 mars 2018. L’alcool était aussi dans ses habitudes. Il se servait du téléphone de l’accusée pour passer ses coups de fil, notamment à son ex-compagne. L’expertise psychologique révèle qu’il ne présente aucune empathie pour la victime ni pour la mère.
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