Face aux incertitudes biélorusses, le dilemme de Moscou

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Le président russe Vladimir Poutine et le président biélorusse Alexandre Loukachenko, le 30 juin près de Rjev (Russie).

Analyse. Les réactions de Moscou à la crise chez son voisin biélorusse, née des fraudes à l’élection présidentielle du 9 août, sont scrutées avec une attention singulière, entre fantasmes d’une intervention armée et attente d’un revirement diplomatique. Parmi les acteurs extérieurs, aucun ne dispose d’un poids comparable sur les affaires biélorusses. Pourtant, la partition jouée par Moscou est tout sauf simple. Elle se résume même à un douloureux dilemme : ne rien faire est impossible ; agir peut se révéler contre-productif.

Il faut d’abord se souvenir que le président biélorusse Alexandre Loukachenko n’a jamais bénéficié d’un soutien inconditionnel de la part de Moscou. Ses atermoiements permanents entre Est et Ouest en ont fait un partenaire difficile. Sa résistance à une intégration plus poussée entre les deux pays, prévue par un traité de 1999, a même fini par irriter franchement Vladimir Poutine, et a conduit le Kremlin à limiter son financement du coûteux modèle social biélorusse.

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Ces motifs d’irritation se sont accrus à l’approche du scrutin du 9 août, avec l’arrestation de mercenaires russes et des appels répétés à défendre la souveraineté de Minsk face à Moscou. « Loukachenko a toujours mené un double jeu. Mais qu’à l’approche des élections il ait vendu à l’Ouest une rhétorique antirusse, cela Poutine ne le pardonne pas », affirme ainsi le politiste Alexandre Baunov à la télévision Dojd.

Depuis qu’il joue sa survie, Alexandre Loukachenko a radicalement changé de braquet. Les mercenaires ont été rendus à la Russie et le président biélorusse dénonce désormais l’interventionnisme occidental, voire la menace d’une invasion de l’OTAN. Ses coups de fil répétés à Vladimir Poutine sont des signes de désespoir autant que des marques d’allégeance.

Ne pas rester les bras croisés

Côté russe, ces différends ont été partiellement mis de côté. Seuls restent un certain nombre de principes : le Kremlin ne lâche pas un allié en rase campagne, en tout cas pas publiquement ; un pouvoir légitime ne cède pas face à la rue. « Moscou a du mal à voir les manifestants biélorusses autrement que comme manipulés par l’Occident, assure la politiste Tatiana Stanovaya. Avec eux c’est un peu comme avec les terroristes : on ne négocie pas. Pour autant, la Russie comprend la fragilité du pouvoir de Loukachenko et ne le soutiendra pas s’il tire sur la foule. »

Les médias russes, qui ont d’abord fait montre de sympathie pour les contestataires, effrayés par la violence de la répression, se sont d’ailleurs ressaisis. Ils multiplient désormais les comparaisons avec le Maïdan ukrainien, modèle honni s’il en est. De la même façon, les communiqués officiels du Kremlin ou du ministère des affaires étrangères se sont réchauffés.

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