Face aux condamnations internationales, Erdogan défend la transformation de Sainte-Sophie en mosquée

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Une prière devant la basilique Sainte-Sophie d’Istanbul, qui doit devenir une mosquée dans les prochaines semaines, le 10 juillet.

Le président turc, Recep Tayyip Erdogan, a rejeté en bloc samedi 11 juillet les condamnations internationales de la transformation de la basilique Sainte-Sophie d’Istanbul de musée en mosquée, arguant que cela relevait des « droits souverains » de son pays.

« Ceux qui ne bronchent pas contre l’islamophobie dans leurs propres pays attaquent la volonté de la Turquie d’user de ses droits souverains », a déclaré le président au cours d’une cérémonie en visioconférence. « Nous avons pris cette décision non pas par rapport à ce que les autres disent, mais par rapport à nos droits, comme nous l’avons fait en Syrie, en Libye et ailleurs », a-t-il ajouté.

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Le Conseil d’Etat, le plus haut tribunal administratif de Turquie, a accédé vendredi à la requête de plusieurs associations en révoquant une mesure gouvernementale de 1934 conférant à Sainte-Sophie le statut de musée. Peu après, le président Erdogan a annoncé que l’ex-basilique byzantine de l’ancienne Constantinople serait ouverte aux prières musulmanes en tant que mosquée le vendredi 24 juillet.

L’inquiétude de « millions de chrétiens »

Les réactions n’ont pas tardé : Athènes a condamné « avec la plus grande fermeté » la décision, Washington s’en est dit « déçu » et Paris la « déplore ». La Grèce, par la voix de sa ministre de la culture, Lina Mendoni, a estimé qu’il s’agissait d’une « provocation envers le monde civilisé » et a déclaré : « Le nationalisme dont fait preuve le président Erdogan ramène son pays six siècles en arrière. »

L’Eglise orthodoxe russe a regretté que l’« inquiétude » de « millions de chrétiens » n’ait pas été entendue par le tribunal turc. Le Conseil œcuménique des Eglises, qui réunit environ 350 Eglises chrétiennes, notamment protestantes et orthodoxes, a quant à lui fait part de son « chagrin » et de sa « consternation ».

Samedi, la basilique était fermée, la police ayant installé des barrières autour du monument. Depuis l’arrivée au pouvoir en 2003 de M. Erdogan, les activités liées à l’islam se sont multipliées à l’intérieur de Sainte-Sophie, avec notamment des séances de lecture du Coran ou des prières collectives sur le parvis du monument.

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Près de 4 millions de visiteurs par an

Même si une reconversion de Sainte-Sophie en mosquée n’empêchera pas les touristes de toutes les croyances de s’y rendre – ils sont nombreux à visiter chaque jour la Mosquée bleue voisine –, il était prévisible que modifier le statut d’un lieu aussi emblématique dans l’histoire du christianisme suscite des tensions à l’étranger. Mais M. Erdogan, un nostalgique de l’Empire ottoman, cherche aujourd’hui à rallier l’électorat conservateur sur fond de crise économique due à la pandémie, et un contexte régional tendu.

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Œuvre architecturale majeure construite au VIe siècle par les Byzantins, qui y couronnaient leurs empereurs, Sainte-Sophie est un site classé au patrimoine mondial par l’Unesco, et l’une des principales attractions touristiques d’Istanbul avec 3,8 millions de visiteurs en 2019.

Convertie en mosquée après la prise de Constantinople par les Ottomans en 1453, elle a été transformée en musée en 1934 par le dirigeant de la jeune République turque, Mustafa Kemal, soucieux de « l’offrir à l’humanité ».

Le Monde avec AFP

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