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Une étreinte peut parfois servir à glisser un message d’avertissement. Mardi 4 février, Emmanuel Macron a tenu à rendre hommage à la Pologne, avec respect, et en même temps à la rappeler aux principes fondateurs du projet européen. Un exercice d’équilibrisme assuré dans le cadre majestueux de l’université Jagellon de Cracovie. Fondée au XIVe siècle, elle se prêtait aux envolées historiques, avec ses moulures, ses dorures, ses velours matelassant les murs et ses caissons en bois peint d’un plafond spectaculaire. Comme souvent lorsqu’il se trouve à l’étranger, le chef de l’Etat voulait s’adresser à la société civile locale. Cette fois, son public était un parterre de 150 étudiants.
Les effusions propolonaises d’un président français ne sont pas une nouveauté. Emmanuel Macron a repris à son compte certaines tournures rhétoriques déjà utilisées par son prédécesseur, François Hollande, devant les parlementaires polonais, en 2012. Comme lui, le socialiste avait célébré le goût de la liberté en partage, ou qualifié l’élargissement de l’Union européenne aux pays d’Europe centrale et orientale, en 2004, de « réunification du continent » européen. Mais le contexte entre ces deux prestations a changé.
La Pologne d’aujourd’hui est dirigée par un parti conservateur populiste, Droit et justice (PiS), qui porte atteinte à la séparation des pouvoirs, organise une propagande d’Etat sur ses médias publics et tend à réécrire le passé. Le PiS n’aime guère la contradiction, qu’elle soit intérieure ou extérieure. Il s’est même permis d’infliger une forme de soufflet politique au président français. Alors que ce dernier se trouvait dans l’avion du retour vers la France, Andrzej Duda, son homologue, promulguait une loi disciplinaire très controversée, qui permet de sanctionner les juges critiques des réformes de la justice introduites ces dernières années.
« Je vois le risque d’une fragmentation de nos mémoires, en revisitant ou en révisant notre histoire », a affirmé Emmanuel Macron
L’entourage de M. Macron affirme qu’il savait cette décision « imminente ». Un brusque retour sur terre, alors que le premier jour de ce sommet bilatéral avait été marqué de part et d’autre par des formules compassées pour tenter d’ouvrir une « nouvelle page » dans les relations houleuses entretenues par les deux pays, ces dernières années.
Devant les étudiants de l’université Jagellon, Emmanuel Macron a délivré un discours à la verve proeuropéenne rappelant celui qu’il avait adressé, en septembre 2017, aux élèves de la Sorbonne, à Paris. Expliquant que l’Europe ne pouvait se construire « dans l’oubli », le chef de l’Etat a souligné le risque « de voir resurgir des mémoires nationales fantasmées ».
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