Face à la fronde chez Facebook, Mark Zuckerberg défend ses positions

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Mark Zuckerberg, le PDG de Facebook, le 23 octobre 2019.
Mark Zuckerberg, le PDG de Facebook, le 23 octobre 2019. MANDEL NGAN / AFP

Confronté à une révolte interne inédite, le fondateur de Facebook choisit de ne pas plier. Mardi 2 juin, lors d’une réunion en ligne destinée à ses employés, il a défendu la « difficile décision » de ne pas publier d’avertissement autour de deux messages controversés de Donald Trump. « La bonne chose à faire est de laisser ces messages en ligne », a-t-il expliqué, selon le New York Times, qui a obtenu un enregistrement de l’échange. Plusieurs dizaines d’employés ont protesté publiquement contre ce choix, certains se déclarant absents pour la journée de lundi, dans une sorte de « marche virtuelle ».

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« Je savais que je devais mettre de côté mon opinion personnelle. Et je savais qu’en raison de la décision prise, beaucoup de gens allaient être en colère au sein de l’entreprise et nous allions nous attirer les critiques des médias », a argué M. Zuckerberg.

Le PDG de Facebook a refusé de suivre l’exemple de Twitter. Ce réseau social rival a, pour la première fois, mis en garde ses utilisateurs contre deux messages du président américain : les enjoignant à « vérifier les faits par eux-mêmes » sur un tweet insinuant que le vote par correspondance facilitait la fraude électorale ; et pour avertir d’une « glorification de la violence » dans un second affirmant que « quand les pillages commencent, les tirs commencent » après des manifestations contre la mort d’un Afro-américain, George Floyd, tué par la police.

Pour le PDG, les messages de Donald Trump n’incitaient pas à la violence mais menaçaient de faire usage de la « force d’Etat », ce qui n’est actuellement pas interdit par les règles de Facebook, a-t-il argumenté vendredi devant ses employés, rapporte le New York Times. Ce que certains employés ont interprété comme des contorsions déplacées face à un président menaçant d’envoyer la Garde nationale contre les manifestants.

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Une vague de démissions

Pour minimiser la fronde chez Facebook, Mark Zuckerberg a assuré mardi avoir reçu de nombreux messages de soutien d’employés qui craignaient d’exprimer leur opinion en public, de peur de paraître insensibles, a précisé sur Twitter le journaliste du New York Times Mike Isaac.

Autre contre-feu : le fondateur de Facebook a insisté sur le fait que la poignante vidéo ayant révélé les circonstances de la mort de M. Floyd, lors de son interpellation, avait été publiée et partagée sur son réseau social, a rapporté M. Isaac. « L’impact global des différentes choses que nous faisons dans le monde est positif, j’en suis vraiment persuadé », a dit M. Zuckerberg.

Malgré cela, la protestation chez Facebook a crû ces derniers jours et a fini par déclencher mardi des démissions, dont celle de l’ingénieur Timothy J. Aveny. Celui-ci a, dans un message posté sur Facebook, accusé le réseau de « fournir une plateforme qui permet aux politiciens de radicaliser les individus et de glorifier la violence » :

« Depuis des années, le président Trump a bénéficié d’une exception aux règles de la communauté des utilisateurs de Facebook (…). Il a le droit d’enfreindre les règles parce que sa parole a une “valeur informative”. Mark nous a toujours dit qu’il mettrait une limite quand un propos appellerait à la violence. Il nous a montrés vendredi que c’était un mensonge. Facebook déplacera les bornes à chaque fois que Trump grimpera dans l’escalade et l’entreprise trouvera toujours d’autres excuses pour ne pas agir contre cette dangereuse rhétorique. »

Un autre ingénieur démissionnaire, Owen Anderson, s’est félicité sur Twitter de « ne plus avoir à soutenir des règles et des valeurs avec lesquelles [il est] en profond désaccord ». Ces départs s’ajoutent aux protestations publiques de plusieurs employés ces derniers jours. Lundi, une équipe de sept ingénieurs a émis un message collectif sur Twitter pour « implorer » Mark Zuckerberg de revoir sa décision.

Une prise de parole des employés qui s’est fait attendre

M. Zuckerberg a annoncé mardi la mise en place sur Facebook d’un espace contenant des ressources pédagogiques sur les élections, à l’image de celui déjà mis en ligne sur le coronavirus, selon Bloomberg. Fidji Simo, la directrice de l’application Facebook, a aussi été chargée de favoriser des initiatives contre les inégalités raciales, selon l’agence.

Vendredi, le dirigeant de Facebook avait aussi laissé entendre qu’il pourrait étudier des changements des règles de modération mais pas avant plusieurs semaines. Actuellement, les messages pouvant entraîner des dangers physiques ou dissuader des gens de voter à une élection représentent des exceptions et sont supprimés de Facebook même s’ils émanent d’une personnalité politique.

Mais, d’une manière générale, M. Zuckerberg reste très prudent avec la parole des élus et des représentants, au nom du respect du débat démocratique et de la liberté d’expression. D’autant plus que Facebook est souvent accusé d’exercer une censure privée des propos politiques, par les associations de défense des libertés… mais aussi par M. Trump. Le président américain a d’ailleurs récemment signé un décret qui appelle à une régulation plus forte des réseaux sociaux. C’est pour cela que les détracteurs accusent Mark Zuckerberg de laisser faire M. Trump, cherchant à éviter de se voir imposer des règles.

Le face-à-face en cours à Facebook n’a pas de précédent. Exprimer son mécontentement de façon publique, sur les réseaux sociaux, est nouveau dans l’entreprise. Les salariés du groupe s’étaient peu mobilisés quand des employés de Google ou d’Amazon ont protesté contre les collaborations avec l’armée américaine, les arrangements avec le régime chinois ou la politique environnementale de leur entreprise. « C’est frustrant qu’on n’ait pas entendu plus de prises de parole des gens de Facebook ces dernières années mais je suis content qu’ils s’expriment maintenant », sourit un ancien de Google qui avait démissionné par protestation.

La fermeté affichée par Mark Zuckerberg devrait susciter un regain de mobilisation des opposants en interne. Mais le fondateur de Facebook est connu pour être parfois rigide. Et sa position est solide parce qu’il détient près de 60 % des droits de vote à l’assemblée générale. De plus, il a renforcé ces derniers mois son emprise sur son conseil d’administration, à la faveur de remplacements, selon une enquête du Wall Street Journal. Cette concentration de pouvoir et la gouvernance centralisée de Facebook sont d’ailleurs l’une des nombreuses critiques adressées à M. Zuckerberg par ses détracteurs.



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