Entre la Pologne et l’Ukraine, un féminisme sans frontière

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LETTRE DE VARSOVIE

Le logo de « Feminatywa », la « Féminative polono-ukrainienne », une plate-forme de dialogue entre féministes des deux pays.

Dans les difficiles relations polono-ukrainiennes, la femme serait-elle l’avenir de l’homme ? Les phénomènes de migrations massives ne sont pas que synonymes de tensions communautaires, mais aussi l’objet d’échanges culturels précieux. Venue combler l’importante pénurie de main-d’œuvre dans une économie polonaise florissante, l’arrivée depuis 2014 d’une population ukrainienne estimée, selon les périodes, entre 1 million et 2 millions de personnes, a donné lieu à un début de convergence des sociétés civiles des deux pays, facilitée par la proximité culturelle et un héritage communiste partagé.

C’est sur ce terreau qu’est née, à l’initiative de la mairie de Wroclaw, dans l’ouest du pays, la « Féminative polono-ukrainienne », une plate-forme de dialogue entre féministes des deux pays, par le biais de discussions littéraires. Un projet qui a rencontré un succès inattendu : ses conférences ont récolté jusqu’à 20 000 vues sur les réseaux sociaux.

« Tout est parti de la nécessité d’organiser une commémoration, raconte l’initiatrice du projet, Olga Chrebor. Il s’agissait du centenaire du pacte entre Jozef Pilsudski et Symon Petlioura [le père de l’indépendance polonaise et un des héros nationaux ukrainiens]. Comme toutes les commémorations historiques, elle nous imposait une sorte de “convention masculine”. Avec mes collègues, nous nous sommes dit : “Pourquoi ne pas faire cette commémoration sans les hommes !” Et des idées sont venues à foison. »

« Un espace féminisé »

Depuis la chute du communisme, les politiques polonais et ukrainiens tentent de trouver un discours commun sur les questions historiques sensibles entre les deux pays – conflits armés, purges ethniques –, dont les résultats s’avèrent souvent stériles. Ces dernières années, on parle même de régression. « Le dialogue entre la Pologne et l’Ukraine est, depuis l’origine, profondément masculinisé, remarque Olena Babakova, journaliste ukrainienne vivant depuis plus de dix ans en Pologne. Sur la photo officielle de la dernière visite du président Duda en Ukraine, la seule femme était sur un portrait accroché au mur. Mais, paradoxalement, quand on en vient à la société civile, à des initiatives d’unité et de dialogue “par le bas”, ce sont les femmes qui sont de loin les plus actives. Ce qui me fait dire que la réconciliation polono-ukrainienne serait bien plus avancée si c’étaient les femmes qui s’en occupaient. »

« La diplomatie est une affaire trop sérieuse pour la laisser aux hommes. » Cette phrase de l’ancienne ministre des affaires étrangères du Kazakhstan et ambassadrice à Paris Akmaral Arystanbekova est devenue une des devises de la « Féminative ». La diplomatie comprise au sens le plus large. « Nous avons vraiment l’impression de créer un espace inédit de diplomatie culturelle, s’enthousiasme Olga Chrebor. Un espace féminisé. »

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