Encouragés par le gouvernement, les réseaux sociaux d’extrême droite se multiplient en Pologne

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Le leader du PiS, Jaroslaw Kaczynski (à droite), lors d’une session parlementaire à Varsovie, le 6 mai 2020.

LETTRE DE VARSOVIE

La suppression des comptes Twitter et Facebook de Donald Trump, le 7 janvier, après l’invasion par ses partisans du Capitole, à Washington, a envenimé le débat sur la liberté d’expression sur Internet en Pologne, pourtant déjà vif.

En 2016, les fermetures temporaires de nombreux comptes et forums Facebook de mouvements nationalistes polonais avaient fait grand bruit et furent dénoncées comme excessives, même par les partisans de la modération des réseaux sociaux.

Lire l’éditorial du « Monde » : Donald Trump banni de Twitter et Facebook, les réseaux sociaux entre laxisme et censure

A l’image de leurs homologues américains et européens, les milieux de la droite dure polonaise n’ont jamais été très enthousiastes vis-à-vis de Facebook et de Twitter, accusés de « censurer » des contenus. C’est dans cet esprit de lutte contre le « politiquement correct » et le « gauchisme » des géants de la Silicon Valley qu’une étrange communauté d’intérêts s’est formée entre le gouvernement national conservateur du PiS (Droit et justice) et une myriade de sites militants pour une liberté d’expression encore plus débridée sur Internet.

« Forum de discussion patriotique »

Le gouvernement populiste, dont aucun membre n’a ouvertement condamné l’assaut du Capitole, a rendu public, le 1er février, un « projet de loi inédit pour protéger la liberté d’expression sur Internet ». Selon ses initiateurs, le texte vise notamment à « garantir le droit d’accès à une information conforme à la vérité ». Le 12 janvier, suite à la fermeture des comptes de M. Trump, le premier ministre polonais, Mateusz Morawiecki, avait publié un long texte (sur Facebook) où il fustigeait la « censure de la liberté d’expression, domaine des régimes totalitaires, qui revient aujourd’hui sous une nouvelle forme de mécanisme commercial, visant à faire taire ceux qui pensent différemment ».

Dans ce contexte, pas moins de trois initiatives de plates-formes alternatives ont vu le jour depuis le début de l’année. Inspiré par le succès du réseau social de l’extrême droite américaine Parler (10 millions d’utilisateurs, mais dont l’hébergement a été suspendu 11 janvier), le service Albicla, lancé le 20 janvier à l’initiative du journal d’extrême droite pro-gouvernemental Gazeta Polska, se revendique comme un « forum de discussion libre et patriotique, dépourvu de toute censure ». Son nom est l’acronyme anglais de « Let all be clear » − « Que tout soit clair » en français.

Article réservé à nos abonnés Lire aussi Parler, le réseau social « refuge » des conservateurs américains

Quelques semaines plus tôt, le réseau social Polfejs − pour Polski Facebook − annonçait sa réactivation, après un lancement manqué en 2017 ; il compterait désormais 17 000 membres. Mi-janvier, le réseau Wolni Slowianie (Les Slaves libres) s’est, à son tour, mis en ligne, créé par un groupuscule de survivalistes d’extrême droite. Les fondateurs ont annoncé son lancement dans une vidéo postée sur YouTube, où ils sont apparus sous pseudonyme et encagoulés.

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