En Syrie, des législatives sous contrôle pour tenter de redynamiser le régime Assad

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Dans un bureau de vote de Douma, en banlieue de Damas, le 19 juillet.

Les élections législatives organisées dimanche 19 juillet en Syrie, sous l’étroite tutelle des services de sécurité, ont débouché sur la victoire sans surprise du Baas, le parti au pouvoir, inféodé au clan Assad. Cette formation et les petits partis qui gravitent dans son orbite, regroupés au sein du Front national progressiste (FNP), ont remporté 177 des 250 sièges du Conseil du peuple, le Parlement syrien. Le taux de participation s’est élevé à 33 %, contre 57 % lors des législatives de 2016.

Ces résultats, communiqués par la commission électorale, au cours d’une conférence de presse tenue mardi 21 juillet à Damas, sont conformes à la règle non écrite qui attribue au moins les deux tiers de la Chambre à cette coalition. Lors du précédent scrutin, le Baas et ses satellites avaient obtenu un score à peu près équivalent, 187 sièges. Aucun membre de l’opposition dite « tolérée », installée à Damas, qui n’appelle pas au départ du président Bachar Al-Assad, n’a concouru aux élections. La prétendue opposition prorusse, téléguidée par le Kremlin, protecteur du régime syrien, n’avait pas non plus présenté de candidats.

Cette consultation n’a pas manqué d’être qualifiée de « mascarade » par l’opposition basée à l’étranger. « Des millions d’électeurs syriens ont voté avec leurs pieds en prenant le chemin de l’exil et du déplacement forcé causés par le terrorisme d’Assad et de ses parrains, la Russie et l’Iran », a ironisé la Coalition nationale syrienne, la principale plate-forme anti-Assad, dont le siège est à Istanbul. Les cinq millions de Syriens poussés hors de leur pays par les combats, dont l’immense majorité est farouchement hostile aux autorités de Damas, n’ont pas pu prendre part au vote.

Des « indépendants » loyaux au régime

Des bureaux de vote avaient été installés dans les anciens fiefs de la rébellion, reconquis ces dernières années par les troupes pro-gouvernemantales, comme la Ghouta, la banlieue de Damas, la partie orientale d’Alep, ainsi que la région de Deraa, à la pointe sud de la Syrie. Mais ces zones sont en grande partie dépeuplées. Leurs habitants qui ne sont pas partis à l’étranger ont souvent trouvé refuge dans la poche d’Idlib, le dernier réduit de l’insurrection, dans le coin nord-ouest du pays. « La Syrie n’a pas connu d’élections libres et justes depuis que le parti Baas d’Assad est arrivé au pouvoir » il y a un demi-siècle, « et les élections de cette année ne font aucune exception », a estimé le département d’Etat américain.

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Les nouveaux élus issus du Baas ont été choisis en partie à l’issue d’une consultation interne, censée redynamiser un parti sclérosé, marginalisé depuis l’accession au pouvoir de Bachar Al-Assad, en 2000. Les autres députés, hors liste FNP, proviennent d’horizons variés, même s’ils sont tous prorégime. On trouve parmi eux des personnalités issues de la société civile, comme Nabil Elias, responsable de l’organisation caritative de l’oligarque Samer Foz ; des entrepreneurs liés au régime, comme Hussam Katerji, un négociant en pétrole, sanctionné par l’Union européenne ; et des anciens chefs de guerre, reconvertis en politique, comme Bassem Soudan et Fadel Wardeh. Leurs candidatures avaient été validées en amont du scrutin par le Baas et l’appareil sécuritaire syrien, qui se sont assuré du parfait loyalisme de ces « indépendants ».

« L’obéissance aveugle ou l’exclusion »

Cette discrète présélection a permis au régime syrien d’écarter plusieurs députés sortants, jugés trop remuants, qui ont été dissuadés de se représenter. Parmi eux figurent la Tcherkesse (un peuple originaire du Caucase) Jeancette Kazan, originaire de Kuneitra, dans le Golan, très engagée dans la défense des familles de « martyrs » et des blessés de guerre, ainsi que l’alaouite Nabil Saleh, un ex-communiste, célèbre pour ses tirades contre la corruption et les profiteurs de guerre. Sur les 8 735 candidats à la candidature, seulement 2 100 avaient été autorisés à concourir par la commission électorale, faux nez des moukhabarat (services de sécurité).

A Douma, en banlieue de Damas, le 19 juillet.

Le très voyant Fares Shihabi, président de la Fédération des chambres d’industrie syrienne, qui avait passé outre les conseils lui suggérant de ne pas se représenter, n’a pas été réélu. Cet homme d’affaires alépin, à la pointe de la défense du régime Assad dans les médias internationaux, critiquait volontiers les nouveaux riches, apparus à la faveur de la guerre, comme Hussam Katerji. « Le message est clair : soit l’obéissance aveugle au système de corruption qui est en pleine croissance, soit l’exclusion et la punition, a réagi le candidat malheureux sur sa page Facebook. Si j’avais été battu dans des élections transparentes et propres, cela aurait été différent. »

Le nouveau Parlement apparaît donc composé, plus que jamais, de députés godillots, opportunistes ou idéologues zélés, complètement acquis à Bachar Al-Assad. Dans la période très difficile que traverse son régime, confronté à une crise économique d’une violence sans précédent et des sanctions d’une dureté inédite des Etats-Unis (la loi César), le président syrien a très probablement voulu assurer ses arrières. Ces résultats laissent présager une présidentielle à sens unique en 2021, lorsque Bachar Al-Assad remettra son mandat en jeu.

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