« En suspendant les comptes de Trump, les réseaux sociaux endossent un rôle de contre-pouvoir »

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Tribune. Depuis la campagne présidentielle de 2016, les réseaux sociaux Twitter et Facebook sont apparus dans le débat public étatsunien comme des outils de subversion à la solde des « agents de l’étranger » – en premier lieu de la Russie – capables de déstabiliser la démocratie américaine. Début septembre 2020, en pleine campagne présidentielle, les principales plates-formes américaines des géants du numériques, Facebook et Twitter, affirmaient avoir été victimes de nouvelles campagnes de désinformation sur leurs réseaux en provenance de Russie et suspendaient une dizaine de comptes. La menace informationnelle pour la sécurité nationale venait de l’extérieur et se focalisait sur « l’écosystème de propagande russe ».

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Mais les pratiques de diffusion et d’amplification de fausses informations ne sont pas l’apanage des puissances étrangères identifiées par les cellules de veille institutionnelle américaines (GEC). D’autres acteurs, non étatiques, se sont invités dans la campagne et le débat public américain pour brouiller les messages politiques, véhiculer de fausses informations et appeler à l’insurrection en cas de défaite du candidat Trump. Depuis 2016, les experts qui cartographient les manipulations de l’information observent le développement de la communauté Internet conspirationniste QAnon. Ardents défenseurs du président Trump, ses membres affirment que ce dernier mène une croisade contre les élites du « deepstate » (l’Etat profond) et contre les démocrates qu’ils accusent d’entretenir « un réseau pédophile sataniste ». Leurs principales cibles sont Joe Biden, et surtout, Kamala Harris, la future vice-présidente.

QAnon, un outil de subversion idéal

Avec un grand nombre de comptes sur les réseaux sociaux, la mouvance QAnon est autonome des réseaux pro-Trump traditionnels, et parvient à diffuser ses messages au-delà de la communauté. Cette « QArmy », présente dans tous les cercles de discussion, possède une capacité à mobiliser qui en fait un outil de subversion idéal pour tous les adversaires de la démocratie américaine. Au delà des frontières américaines, l’internationalisation du mouvement se manifeste dans la sphère digitale, où des communautés QAnon se développent au Japon, au Brésil, en Angleterre, en France et en Allemagne ; en semant le doute sur les institutions de ces Etats, ces écosystèmes de diffusion d’infox pourraient à leur tour représenter un risque pour l’ensemble des démocraties occidentales.

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