[ad_1]
Cela devait être la conclusion de deux ans et demi d’une révolution qui a changé la Slovaquie comme aucun autre événement depuis la fin du communisme. Mais en acquittant, jeudi 3 septembre, le commanditaire présumé du meurtre du journaliste d’investigation Jan Kuciak, assassiné chez lui avec sa compagne Martina en février 2018, le tribunal de Pezinok, dans les alentours de Bratislava, a plongé le petit pays d’Europe centrale dans la stupeur. « Le parquet n’a pas réussi à démontrer sans aucun doute possible la culpabilité de Martin Kocner », a estimé la présidente du jury devant une salle d’audience remplie de journalistes venus de toute l’Europe.
Les familles du journaliste et de sa compagne ont alors brutalement quitté la salle, en larmes. Sur le banc des accusés, Marian Kocner, 57 ans, est resté impassible, sous son masque. Ce millionnaire aux connexions mafieuses, qui avait pris l’habitude depuis trente ans de menacer ou de corrompre une bonne partie de l’élite politique et judiciaire slovaque, était accusé par le parquet d’avoir fait assassiner M. Kuciak car il enquêtait de trop près sur ses affaires.
En 2018, la mort de ce jeune journaliste de 27 ans avait déclenché des manifestations anticorruption inédites qui avaient forcé à la démission de multiples responsables politiques et policiers, et à un grand nettoyage, encore en cours, du système judiciaire. Son inculpation, survenue en 2019, signifiait pour beaucoup de Slovaques la fin de l’impunité à son encontre.
Un témoin crucial à la « faible fiabilité »
En prononçant un acquittement, les trois juges du tribunal spécial de Pezinok savaient qu’ils déclencheraient la colère. La présidente slovaque, Zuzana Caputova, une ancienne militante anticorruption justement élue en 2019 en profitant de cette vague, s’est dite « choquée ». Le premier ministre, Igor Matovic, élu en février 2020 en promettant de nettoyer le pays de la mafia, a drapé son profil Facebook de noir, signe de deuil.
Dans une conférence de presse exceptionnelle convoquée à la suite du verdict, le président du tribunal, Jan Hrubala, a pris la défense de ses juges. S’il a reconnu que « la réputation du système judiciaire slovaque n’est pas très élevée », il a assuré « savoir comment ces trois juges travaillent et leur faire confiance ».
Dans leurs motivations, adoptées par deux voix contre une selon le site Dennik N, les juges ont notamment estimé que le témoin crucial de l’accusation souffrait « d’une faible fiabilité ». Ce repenti avait assuré à la barre avoir servi d’intermédiaire entre le binôme de tueurs, tous deux condamnés à plus de vingt ans de prison, et la confidente de Marian Kocner, une femme de 46 ans sans revenus déclarés – qui servait depuis des années d’appât à l’homme d’affaires pour compromettre différentes personnalités publiques. Cet intermédiaire avait assuré avoir transmis la somme de 50 000 euros pour rémunérer les tueurs et avait accepté de témoigner en échange d’une réduction de peine. Mais les magistrats ont estimé que son témoignage « n’était pas spontané », d’autant « qu’il a changé plusieurs fois de versions ».
Il vous reste 42.88% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.
[ad_2]
Source link
Have something to say? Leave a comment:
