en Russie, le destin tragique de Dilchod Nourmatov, migrant d’Asie centrale

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Des chômeurs attendent pendant la fermeture des frontières de pouvoir rejoindre la Russie, à Douchanbé (Tadjikistan), le 10 avril.
Des chômeurs attendent pendant la fermeture des frontières de pouvoir rejoindre la Russie, à Douchanbé (Tadjikistan), le 10 avril. NOZIM KALANDAROV / AFP

LETTRE DE MOSCOU

Dilchod Nourmatov aurait pu rester parfaitement anonyme, victime supplémentaire d’un virus qui tourmente les hommes de mille et une manières. Son caractère s’en serait accommodé, lui qui résume ses malheurs par un pudique constat : « Je suis obligé d’apprendre à faire le papa et la maman en même temps. »

Mais le sort s’est si durement acharné sur Dilchod Nourmatov que son histoire a été repérée, racontée par les journalistes tadjiks, répétée sur les réseaux sociaux. Le grand média régional Radio Svoboda s’en est fait l’écho : l’homme a assisté à la naissance de son dernier-né, puis à l’enterrement de sa femme, à distance.

Lorsqu’il a quitté, début mars, sa ville de Khimki, au nord de Moscou, Dilchod, 37 ans, pensait être de retour pour la naissance de son quatrième enfant. L’accouchement n’était pas prévu avant le mois de mai, et le jeune ressortissant tadjik ne prévoyait qu’une courte visite à sa famille, dans le sud de son Tadjikistan natal. « Je pensais être de retour deux semaines plus tard », raconte-t-il aujourd’hui au téléphone.

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C’était compter sans le coronavirus. Quelques jours après son arrivée au Tadjikistan, les frontières ferment les unes après les autres, les vols internationaux sont annulés. Dans le même temps, la santé de Goulchan, l’épouse de Dilchod, d’un an sa cadette, commence à se détériorer. « Je ne pouvais la joindre qu’au téléphone, seulement pour l’entendre souffrir », se souvient-il. En cause : une maladie des reins qui avait été diagnostiquée un an plus tôt, mais jugée sans gravité.

Petites mains de l’économie russe

Le 21 avril, Goulchan accouche d’un garçon, Mouhammad Saloh ; le 4 mai, elle meurt à l’hôpital. Dilchod a beau se démener, impossible d’assister à l’enterrement, qui se tient en catimini. Des proches lui envoient une vidéo des obsèques.

Peu à peu, toutefois, les choses bougent. D’abord impuissante, la diplomatie tadjike finit par s’entendre avec son homologue russe. Le 19 mai, Dilchod Nourmatov est seul à bord d’un vol Douchanbé-Moscou affrété pour rapatrier des migrants tadjiks encore bloqués dans la capitale russe. Il peut rejoindre Khimki et ses enfants, organiser la vie d’après le deuil, d’après la quarantaine qu’il doit suivre.

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Dans son malheur, Dilchod se veut reconnaissant. Non seulement envers les autorités, qui ont su se montrer flexibles, mais aussi envers ceux qui l’ont aidé : depuis les voisins qui, avec son frère, se sont occupés de ses enfants dans la période la plus difficile, jusqu’aux dizaines d’anonymes qui lui ont envoyé des messages de réconfort et de l’argent.

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