En République dominicaine, quatre semaines de manifestations pour défendre la démocratie

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A Saint-Domingue, le 23 février.
A Saint-Domingue, le 23 février. RICARDO ROJAS / REUTERS

« Dehors les voleurs déguisés en dirigeants », « Depuis quand la dictature est une démocratie ? », « Vous aurez la vérité et elle vous rendra libres »… Depuis quatre semaines, les Dominicains se mobilisent quotidiennement à Saint-Domingue et dans d’autres grandes villes du pays, portant des pancartes et tapant dans des casseroles. Vendredi 13 mars, à la veille d’un week-end d’élections municipales, ils étaient encore dans la rue pour défendre la démocratie.

Les protestations ont commencé après le dimanche 16 février. Ce jour-là, l’institution chargée de l’organisation des scrutins, la Junte centrale électorale (JCE), a annoncé l’annulation des élections municipales, quatre heures après l’ouverture des bureaux de vote. En cause : un problème technique sur les bornes de vote électronique. Certains partis n’apparaissaient pas parmi les choix des électeurs.

Ce nouveau système de vote était testé pour la première fois dans 18 des 158 municipalités que compte le pays, en prévision des élections présidentielle et législatives du 17 mai. Or, les collectivités touchées hébergeaient 60 % de l’électorat du pays, dont les habitants de Saint-Domingue. Le soir même, plusieurs dizaines de manifestants se sont rassemblés sur l’immense Plaza de la Bandera pour demander la démission des juges de la JCE et une enquête indépendante sur l’annulation des élections.

Concert de casseroles

Celle-ci est une première dans un pays qui organise des élections démocratiques depuis la fin de la dictature de Rafael Trujillo en 1961, malgré des épisodes de fraude sous la présidence de Joaquín Balaguer dans les années 1990. Le petit Etat insulaire de onze millions d’habitants, qui a retrouvé une stabilité politique ces dernières décennies, a la plus grande croissance économique d’Amérique latine et des Caraïbes, avec 7 % en 2018, d’après la Banque mondiale.

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Malgré l’annonce rapide du report des élections municipales au dimanche 15 mars, pour un nouveau scrutin « extraordinaire », la mobilisation s’est renforcée. Chaque soir à 20 heures, le bruit du « cacerolazo » (concert de casseroles) retentit dans Saint-Domingue. « On continuera tant qu’on n’aura pas d’explication sur ce qui s’est passé le 16 février », explique Ingrid Luciano, manifestante et jeune professeure de théâtre à Saint-Domingue, contactée au téléphone. Le 27 février, jour de la fête d’indépendance du pays, des milliers de personnes ont afflué sur la Plaza de la Bandera. Plusieurs artistes très populaires, comme Juan Luis Guerra, Rita Indiana ou Vicente Garcia ont donné des concerts en soutien aux manifestants.

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