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Au pouvoir depuis 2015, le parti Droit et justice a fait du remplacement des élites issues de Solidarnosc un enjeu du scrutin législatif dimanche.
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Face à l’emprise du parti ultraconservateur Droit et justice (PiS), grand favori des élections parlementaires de dimanche 13 octobre, la déprime des intellectuels polonais est profonde, à peine adoucie par l’attribution, jeudi, du prix Nobel de littérature 2018 (décerné avec un an de retard) à l’une des leurs.
Tout à sa joie, Olga Tokarczuk, souvent critiquée par le pouvoir pour ses écrits sur l’histoire de la Pologne qui contreviennent au narratif officiel, n’a pas manqué d’exprimer sa préoccupation pour « la Pologne et les Polonais qui vivent des moments difficiles, qui ont devant eux des élections, décisives pour la forme que prendra la démocratie, voire carrément pour la survie de la démocratie ». La veille, Piotr Glinski, le ministre de la culture, avait affirmé « ne jamais avoir réussi à terminer » un de ses livres, avant de promettre de s’y remettre.
En même temps, quatorze universitaires, dont le sociologue Radoslaw Markowski, signaient une lettre ouverte dans le quotidien Gazeta Wyborcza« sur l’avenir de la démocratie en Pologne » dans laquelle ils dénoncent « des changements antidémocratiques introduits progressivement, étape par étape, sous couvert de légalité ».
Au pouvoir depuis 2015, le PiS de Jaroslaw Kaczynski, président du parti, a dynamité le paysage politique tel qu’il s’était dessiné en 1989, lorsque des intellectuels alliés au mouvement Solidarnosc avaient engagé la Pologne dans la voie de la transition démocratique et celle de son adhésion à l’Union européenne (UE), en 2004. Aujourd’hui, l’ultraconservateur, qui apparaît de facto comme le véritable dirigeant de ce pays de 38 millions d’habitants, ne fait plus mystère de sa volonté de remplacer cette élite.
Grâce à de généreux transferts sociaux tels que les Polonais n’en avaient jamais connu, comme l’allocation 500 + (125 euros) pour tous sans condition de ressources, dès le 2e enfant – mesure-phare qui devrait être étendue à la première naissance –, ou l’abaissement de l’âge de la retraite, le PiS a laissé sur place ses adversaires libéraux-démocrates. Cette « redistribution de la dignité », comme on la nomme ici, s’accompagne d’un discours populiste qui oppose la « Pologne B », celle des régions rurales, aux grandes villes, soutenu par la frange la plus extrémiste de l’Eglise catholique.
Homosexuels dénigrés
« C’est un choix entre deux mondes, entre la “Pologne plus” et la “Pologne moins” », lançait ainsi le 2 octobre Jaroslaw Kaczynski sur Trwam, une télévision privée qui appartient, comme la controversée Radio Maryja, au père Tadeusz Rydzyk, réputé pour ses positions rigoristes et antisémites. Les tentatives pour remettre en cause l’avortement ont certes tourné court, mais les homosexuels, caricaturés et dénigrés comme la lie de l’Occident, sont devenus une cible privilégiée. Pour avoir signé la charte des LGBT pour la tolérance, Rafal Trzaskowski, le maire de Varsovie (opposition), a été violemment pris à partie. L’indépendance de la justice est menacée. Les médias publics fonctionnent comme des organes de propagande du pouvoir.
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