« En Méditerranée, la dépendance au tourisme empêche la diversification »

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Une plage de Cefalù, en Sicile, le 1er janvier 2021.

Guillaume Guidoni est cofondateur du cabinet d’analyse économique Gecodia et spécialiste de la Corse. Il explique que les fragilités des régions méditerranéennes, grandes perdantes de la crise de 2008 comme de celle liée au Covid-19, remontent au début de la révolution industrielle.

Quelles sont les caractéristiques du « modèle méditerranéen » sur lequel vous travaillez ?

Les régions cerclant la Méditerranée appartiennent à des pays différents, mais elles sont toutes spécialisées sur les activités présentielles, c’est-à-dire la production de biens et services destinés aux locaux et, surtout, aux touristes. Mezzogiorno italien, côtes espagnoles, Sicile, Grèce, Corse : ces régions ont également en commun de souffrir particulièrement de la crise due au Covid-19 en raison de leur dépendance au tourisme saisonnier. Ce sont elles qui, déjà, avaient le plus souffert de la crise de 2008. Elles affichent les taux de chômage les plus élevés de la zone euro, notamment chez les jeunes, une faible productivité, une pauvreté importante, une population vieillissante et très peu d’innovation.

Lire notre décryptage : Trois graphiques pour comprendre l’ampleur de la crise du tourisme à venir

Quelle est l’origine de ces fragilités ?

Pendant la première phase de la révolution industrielle, au début du XIXe siècle, l’espace méditerranéen a développé des activités proto-industrielles grâce à la rente foncière et aux surplus de l’activité agricole. Il y avait ainsi quelques fonderies en Corse, fabriquant du minerai de fer, et un début d’accumulation du capital. Mais la crise financière de 1870 et la grande déflation des prix agricoles ont balayé ce premier développement. Par la suite, à part quelques poches industrielles comme la Catalogne, ces régions se sont mal adaptées. Elles n’ont pas été intégrées aux grands flux de capitaux européens et ont entamé un long déclin, notamment démographique. La Corse perd ainsi 2 000 personnes « net » par an entre 1881 et 1901, 2 500 par an entre 1901 et 1911 et 5 400 entre 1911 et 1921.

Le tourisme a pourtant contribué au développement local…

Il est vrai que, dès les années 1960, les régions méditerranéennes ont bénéficié d’un nouvel élan, avec le regain agricole, notamment autour de la vigne, un rebond des naissances avec le baby-boom, l’intégration dans les Etats-providence et, surtout, l’explosion du tourisme, avec le développement de la société de loisirs. Cela a contribué à un rattrapage des niveaux de vie. En 1962, le revenu disponible brut par habitant en Corse était ainsi inférieur de 41 % à la moyenne nationale. En 2017, l’écart n’était plus que de 8 %.

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