En Jordanie, les élections riment avec tirs de célébration

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LETTRE DE BEYROUTH

Capture d’écran de la vidéo diffusée sur les réseaux sociaux.

Même pour les Jordaniens les plus blasés, habitués au folklore macho des tirs de célébration, les images diffusées sur les réseaux sociaux du royaume, dans la soirée du 11 novembre, ont constitué un choc.

On y voit des rafales de mitrailleuse strier l’obscurité, comme si elles traquaient un avion invisible. Un homme enfoulardé, dressé sur le toit d’un pick-up, un fusil au bout du bras, qui crache des gerbes de feu dans la nuit. Un autre vidant le chargeur de sa kalachnikov, dans un crépitement d’enfer, au-dessus d’une foule de badauds dansant de joie. On voit même un garçonnet, équipé d’un M16 plus grand que lui, qui tiraille dans le ciel comme s’il était à la fête foraine.

Du nord au sud du pays, de Jerash à Ma’an, en passant par la banlieue d’Amman, ces scènes d’anarchie se sont répétées. La raison de ce défouloir géant ? La publication du résultat des élections, organisées la veille, au Majlis al-Nuwab, l’assemblée jordanienne, dotée de tout petits pouvoirs législatifs. « C’était absolument sidérant », raconte Noha Ahmed, une avocate d’Amman, qui depuis le balcon de son appartement, en surplomb d’une vallée, a assisté à des fusillades tous azimuts. « Certains tiraient parce que leur champion avait gagné, d’autres tiraient parce qu’il avait perdu. Ça ressemblait à la guerre. On se serait cru en Syrie. »

Le phénomène des tirs de joie – ou de rage – est très fréquent dans certaines régions rurales ou périurbaines du monde arabe, notamment au Liban, en Irak, au Yémen et en Jordanie. Ce viril rituel tribal vient ponctuer les grands événements de la vie, comme un succès électoral, un mariage, un enterrement ou même la réussite d’un enfant au baccalauréat. A intervalles réguliers, les autorités promettent de sévir contre cette pratique qui cause de nombreux morts et blessés.

Un arsenal digne d’un blockbuster américain

Elles durcissent la législation, lancent des campagnes de sensibilisation, et proclament la tolérance zéro. En 2015, le roi Abdallah avait même déclaré que si son fils se livrait à de tels actes, il demanderait aux autorités de s’occuper de lui. En vain. Au mois d’avril, une vidéo tragicomique a circulé sur Internet montrant le retour dans son village d’un homme libéré de prison. A peine descendu de voiture, le héros du jour est tué par accident par son cousin, venu l’accueillir avec des coups de feu en l’air.

Mais cette fois-ci, les fanatiques de la gâchette sont peut-être allés trop loin. L’arsenal exhibé dans les vidéos, parfois digne d’un blockbuster américain, a donné des sueurs froides à tout le pays. « Mais d’où viennent toutes ces armes ?, s’écrie Hani Rabie, un homme d’affaires d’Amman. Comment est-ce possible que ces gens de régions pauvres et reculées, comme Ma’an, aient les moyens de gaspiller toutes ces balles, qui valent 3 dinars [3,50 euros] pièce ? »

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