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La première fois que Matteo Salvini est apparu ainsi, c’était le 15 octobre dans le centre de Rome, à l’occasion d’une manifestation devant un centre des impôts. Ce jour-là, le chef politique de la Ligue (extrême droite) avait répondu aux questions de la poignée de journalistes présents avec un masque « Trump 2020 » sur le visage. Et ce simple geste avait donné à son message du jour – un appel à la suspension de certains prélèvements, au nom de l’urgence sociale provoquée par la crise sanitaire – un écho inespéré.
Au passage, l’ancien ministre de l’intérieur avait profité de l’occasion pour réitérer son soutien au président américain sortant, alors en lice pour la réélection : « En termes d’économie, d’emploi et de baisses d’impôts, Trump a été le numéro un. (…) J’espère qu’il va gagner. » Et dans les jours qui ont suivi, jusqu’au 3 novembre, jour de l’élection américaine, il s’est livré plusieurs fois à cette petite mise en scène, s’attirant à chaque fois un petit succès sur les réseaux sociaux. Depuis lors, Matteo Salvini s’est montré beaucoup plus évasif sur la situation politique américaine. Le 7 novembre, alors que la victoire du candidat démocrate Joe Biden ne faisait plus de doute, il s’est contenté de déclarer qu’il « attend les résultats définitifs » pour féliciter le vainqueur. Depuis, plus rien.
L’ancien ministre de l’intérieur n’était pas le seul, au sein de la droite italienne, à avoir fait état de sa préférence pour Donald Trump. Mais nul n’était allé aussi loin que lui. Alors que l’ancien premier ministre Silvio Berlusconi, dont le parti, Forza Italia, s’est toujours voulu proche du Parti républicain américain, saluait la victoire du candidat démocrate, et déclarait que « Trump a payé le prix de son arrogance », et que la chef de file de Fratelli d’Italie, Giorgia Meloni (postfasciste), se résignait à la défaite de son champion, tout en ironisant sur la gauche italienne et son comportement de « cheerleader » (pom-pom girl) vis-à-vis de Joe Biden, Matteo Salini s’est subitement fait très discret sur le sujet.
Rien ne s’est passé comme prévu
Cette attitude suscite, au sein même de la Ligue, un certain flottement. « Si la Ligue veut gouverner, il lui faut dialoguer avec Biden », s’est ainsi démarqué, dès le 8 novembre, l’ancien sous-secrétaire d’Etat à la présidence du conseil Giancarlo Giorgetti, dans un entretien à La Repubblica. Personnage discret, peu coutumier des déclarations tonitruantes, M. Giorgetti a été un élément-clé de l’ascension vers les sommets de Matteo Salvini, à partir de 2013. Tandis que le leader se démultipliait sur les estrades et les plateaux de télévision, attaquant Bruxelles et promettant de quitter l’euro, lui maintenait discrètement le contact avec les milieux d’affaires lombards et les financiers de la City, et les rassurait sur les véritables intentions de la Ligue.
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