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LAURENT VAN DER STOCKT POUR “LE MONDE”
RécitAprès avoir échoué à prendre la tête du grand mouvement de contestation populaire irakien, le leader chiite Moqtada Al-Sadr a multiplié les revirements politiques. Ses échecs stratégiques et ses hésitations face à Téhjéran l’ont fragilisé sur la scène irakienne tout en déstabilisant ses fidèles.
Depuis octobre 2019, Abdallah ne regagne qu’au milieu de la nuit la modeste demeure familiale située dans une ruelle cahoteuse du quartier de Sadr City dans la banlieue de Bagdad, égayée de fanions colorés et de portraits de l’imam chiite Ali. Une fois terminés ses cours d’administration à l’université, l’Irakien de 23 ans, coiffé d’une houppette travaillée au gel et vêtu d’un jean « slim » comme tous les jeunes de son âge, passe plusieurs heures avec les manifestants de la place Tahrir qui réclament la « chute du régime ». Même quand pleuvent les grenades lacrymogènes et les balles. Même quand Moqtada Al-Sadr poste des Tweet rageurs pour critiquer la tournure que prend le mouvement ou enjoindre ses partisans à quitter le sit-in.
Abdallah s’est mis à suivre à la lettre les injonctions du chef populiste chiite et les directives relayées par ses cadres à Sadr City dès l’âge de 15 ans. Mais la « révolution d’octobre » a éprouvé sa loyauté, ainsi que celle de nombreux sadristes de sa génération qui ont épousé, corps et âme, ce large mouvement contestataire parti des quartiers défavorisés chiites de Bagdad et du sud du pays. Chantre nationaliste et réformiste autoproclamé, devenu en 2018 la première force politique du pays grâce à sa base de plusieurs millions de chiites marginalisés, Moqtada Al-Sadr n’aura apporté au mouvement qu’un soutien en demi-teinte, sans jamais réussir à en prendre la tête.
Les contestataires réclament la refonte du système politique instauré après l’invasion américaine de 2003 et le renouvellement de la classe politique
Un pied dans le pouvoir, un autre dans l’opposition : cette stratégie a montré ses limites face à des revendications de plus en plus radicales. Car ce que les contestataires réclament, ce n’est rien de moins que la refonte du système politique instauré après l’invasion américaine de 2003 et le renouvellement de la classe politique, dont la gabegie, la corruption, le confessionnalisme et la soumission aux ingérences étrangères – surtout de l’Iran – sont perçus comme autant de causes de la faillite de l’Etat. « Moqtada Al-Sadr n’a jamais été un révolutionnaire, analyse l’expert Renad Mansour dans une note pour le centre de réflexion Chatham House. Il veut se tailler un rôle à la fois de trouble-fête et de stabilisateur pour maximiser son influence politique. Cette stratégie tend à la préservation du système politique, non à son renversement. Forcé de choisir entre les deux rôles, il a opté pour le second. »
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