En Inde, un suicide écologique dans l’indifférence

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Analyse. Il fut une époque où octobre et novembre étaient délicieux à New Delhi. Deux mois de fraîcheur après la mousson et avant l’arrivée de l’hiver. Le climat à New Delhi est extrême : torride en été, 47 °C en juin, glacial en décembre-janvier. On grelotte dans les appartements de la capitale indienne dépourvus de chauffage. C’est pourquoi les intersaisons sont si appréciées.

Ce temps est, malheureusement, bien révolu. Depuis une dizaine d’années, les prémices de l’hiver sont synonymes d’intense pollution et 2020 n’échappe pas à la règle. Depuis trois semaines, la capitale indienne suffoque comme jamais, prise au piège d’un brouillard de particules fines et autres polluants qui s’immisce jusque dans les maisons et provoque maux de tête et de gorge, maladies cardio-vasculaires et respiratoires, cancers, diabète de type 2, mortalité néonatale et qui pourrait aggraver l’épidémie de coronavirus.

Mesures homéopathiques

Mardi 10 novembre, un pic de 1 021 microgrammes de particules fines par mètre cube d’air, 40 fois les normes de l’OMS, a été atteint. Cette dégradation hivernale concerne tout le nord de l’Inde, soit le quart de la population indienne.

Les sources de pollution sont parfaitement identifiées. Ce sont les brûlis agricoles des régions voisines, le trafic automobile, l’incinération des ordures, les chantiers de construction, l’industrie, la poussière du désert du Rajasthan. L’hiver, l’absence de vent et le froid plaquent ces polluants au sol et les empêchent de se dissiper.

Le chef du gouvernement de Delhi, Arvind Kejriwal, un centriste, qui se vante de mener une « guerre » contre la pollution, déploie, quand il faudrait de la chirurgie lourde, des mesures homéopathiques, des « gadgets » comme la circulation alternée, la construction de « tours à smog », des sortes de purificateurs d’air géants. Sa dernière trouvaille : une campagne pour inciter les automobilistes à couper les moteurs aux feux rouges. Des pauvres volontaires passent leurs journées au milieu de la circulation à brandir des panneaux « on » « off ».

Pour agir efficacement et s’attaquer aux causes réelles, il lui faudrait l’appui du gouvernement central. Or celui-ci s’enferme dans le déni. En 2019, le ministre de la santé, lors d’un pic historique, avait benoîtement prôné de manger des carottes, quand son collègue de l’environnement avait conseillé d’entamer la journée en musique, niant tout lien entre pollution et santé.

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