En Géorgie, l’enjeu démocratique au cœur des élections législatives

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Des soutiens du Mouvement national uni, le parti majoritaire de l’opposition, lors d’un meeting politique, jeudi 29 octobre.

Sur l’estrade, les candidats de l’opposition s’époumonent à tour de rôle dans le micro, face à une foule de partisans agitant le drapeau rouge et blanc de la Géorgie. Les 3,7 millions d’habitants de ce petit pays du Caucase sont appelés à voter samedi 31 octobre aux élections législatives, un scrutin à l’issue incertaine marqué par la hausse de l’épidémie de Covid et la crise économique.

Pour Mikheïl Saakachvili, le leader du parti majoritaire de l’opposition (Mouvement national uni, MNU), ce meeting, organisé à Tbilissi sur la place centrale, où trônait jadis la statue de Lénine, est l’occasion de prendre un dernier bain de foule virtuel avant le scrutin. Menacé de poursuites pour abus de pouvoir, l’ancien président géorgien (2004-2013), en exil en Ukraine depuis 2013, a fait toute sa campagne à distance derrière un écran géant. « Ce n’est plus comme sous l’Union soviétique. A l’époque, une fois en exil, c’était fini. Maintenant, avec les nouvelles technologies, on peut continuer à échanger et faire beaucoup de choses », confiait-il au Monde quelques jours plus tôt.

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Ces élections législatives doivent permettre de choisir entre un troisième mandat pour le parti au pouvoir depuis 2012, Rêve géorgien, dirigé par le milliardaire Bidzina Ivanichvili, et une coalition de partis de l’opposition, dominée par la figure, clivante mais populaire, de Mikheïl Saakachvili.

Selon Gia Nodia, analyste politique à l’université d’Etat Ilia, l’enjeu démocratique est au cœur de ce scrutin. La Géorgie a beau faire figure d’exception parmi les anciennes républiques soviétiques, son système politique reste fondé sur une conception personnalisée du pouvoir. « Tout est contrôlé par un seul parti autour d’un seul homme, explique-t-il. Comme les partis au pouvoir précédents, Rêve géorgien contrôle tous les leviers du pouvoir et de la justice, et utilise sa position pour harceler l’opposition. Si cette dernière gagne et qu’une coalition est formée, ce sera la fin de cette règle pour la première fois de l’histoire du pays. »

Le parti de Bidzina Ivanichvili était donné gagnant au printemps grâce à sa gestion de l’épidémie de Covid-19, mais a vu sa popularité plonger avec l’envolée brutale du nombre de malades à l’automne (plus de 35 000 cas et 273 morts) et la crise économique, sur fond de hausse de la corruption et de mises en garde de l’Union européenne et des Etats-Unis sur les atteintes à la démocratie.

« Même sous l’URSS, c’était mieux »

Nou Nou, 70 ans, a fait le déplacement depuis Roustavi, à 20 km de Tbilissi, pour assister au dernier meeting de l’opposition. Cette ancienne institutrice – qui préfère ne pas donner son nom – avait voté pour Rêve géorgien en 2012. Huit ans plus tard, la désillusion est totale. « On est tellement déçus ! Bidzina Ivanichvili nous avait promis d’augmenter les salaires et les retraites ; il n’a rien fait, à part nous appauvrir », affirme-t-elle. « Même sous l’URSS, c’était mieux », poursuit la retraitée, dont la pension s’élève à 220 laris (58 euros) par mois. « On ne peut pas non plus avoir confiance dans la police ni la justice, ajoute-t-elle. Comment vivre dans ces conditions ? »

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