« En France, les étudiants sont considérés comme de grands enfants »

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Oivind Hovland/Ikon Images

Entretien. Chargé de recherche au CNRS et chercheur associé en sciences politiques à Sciences Po, auteur de La Jeunesse dans tous ses Etats (PUF, 2018), Tom Chevalier est spécialiste des modèles de financement de la vie étudiante.

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Quelles sont les spécificités du modèle français de financement des études ?

La plus grosse caractéristique est la familialisation de l’aide. On l’observe dans presque tous les pays d’Europe continentale, souvent marqués par la présence de l’église catholique et le « principe de subsidiarité » en matière de droits sociaux. En France, les jeunes sont considérés comme de grands enfants. L’aide aux étudiants n’est pas destinée à leur permettre d’atteindre une autonomie financière. Elle vise plutôt à soutenir leurs parents, qui n’ont pas forcément les moyens de prendre en charge ces enfants qui étudient.

Quelles sont les conséquences de ce système ?

La familialisation de l’aide s’articule avec les particularités du système universitaire français. Les deux se renforcent, dans une logique centrifuge d’accroissement des inégalités. Le système français est marqué par un très fort élitisme de la formation, qui débouche sur des inégalités de compétences fortes, mais aussi une forte segmentation, avec la dualité historique entre les universités et les grandes écoles. Les inégalités scolaires dans le secondaire se perpétuent donc dans l’enseignement supérieur, de même que les inégalités sociales.

Les bourses ne permettent-elles pas de réduire ces inégalités ?

C’était la logique recherchée. En réalité, la familialisation de l’aide, notamment à travers la politique fiscale, privilégie certains groupes. Et puis, le niveau des bourses y est beaucoup moins élevé que dans des pays où l’aide est individualisée. Cela a une conséquence supplémentaire, politique, que j’ai pu observer dans mes travaux : plus l’aide est familialisée, moins les jeunes ont confiance dans les institutions.

Comment se caractérise le modèle nordique ?

C’est un système universitaire unifié, où les établissements ont quasiment tous le même statut. Il est innervé par les principes de l’autonomie et de la seconde chance. D’une part, les étudiants sont considérés comme des adultes, indépendants financièrement de leurs parents. Ils peuvent donc accéder à tout un système d’aides publiques. D’autre part, ils construisent leur parcours. La durée des études s’étend sur le cycle de vie. Le système d’aide est adapté. Il est complètement individualisé : il ne dépend pas de la situation des parents ni de l’âge.

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