« En Europe, ne pas revenir au statu quo ante. La cigale et la fourmi, c’est fini »

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Chronique. Lundi 30 mars, deux avions d’Austrian Airlines spécialement affrétés par la chambre de commerce se sont posés à Vienne, en provenance l’un de Sofia, l’autre de Timisoara, en Roumanie. Quelle précieuse cargaison livraient donc ces deux Airbus dans un aéroport quasi désert ? Des masques ? Des respirateurs ? Mieux : 231 aides à domicile bulgares et roumaines, aussitôt confinées pour quatorze jours en attendant de pouvoir rejoindre leur poste auprès de personnes âgées dépendantes.

La crise du coronavirus a entraîné une situation critique pour cette catégorie de la population autrichienne, au chevet de laquelle, en temps normal, des aides venues pour moitié de Roumanie et pour un tiers de la Slovaquie voisine se relaient vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Avec la fermeture des frontières, elles sont reparties dans leur pays et ne peuvent plus se relayer de manière fluide ; les Roumaines de Timisoara, en particulier, ne peuvent plus traverser la Hongrie. Prévoyante, la chambre de commerce de Vienne est donc en train de monter un pont aérien pour assurer la continuité du service.

C’est l’un des bons côtés de l’Union européenne (UE). La libre circulation des personnes, du temps où elle était vraiment libre – il y a un mois –, a permis aux citoyens des pays à bas revenus d’aller travailler sans obstacles dans les pays riches, et elle a permis aux pays riches de se fournir facilement en main-d’œuvre qualifiée. En temps de pandémie, l’Autriche, on le voit, parvient à entretenir ce bon côté de l’UE.

Pourtant l’Autriche est l’un des quatre pays qui ont fait barrage, au cours d’un tumultueux Conseil européen, jeudi 26 mars, à la demande de neuf Etats-membres qui voulaient faire adopter par l’UE le principe d’une prise en charge financière commune, à vingt-sept, du coût économique de la crise du coronavirus. Ce coût promet d’être gigantesque. Mais, pour l’Allemagne, les Pays-Bas, l’Autriche et la Finlande, le risque de devoir financer les dettes de pays moins fortunés n’est pas plus concevable qu’il ne l’était pendant la crise de l’euro, il y a dix ans.

Double peine

Comment financer la solidarité ? L’Europe est de nouveau menacée d’implosion par cette question. Est-on en train de rejouer la fable de la cigale et de la fourmi ? Le désastre, cette fois, n’est plus imputable à l’insouciance, mais au simple mauvais sort. Double peine : les premiers frappés sont aussi ceux auxquels l’austérité a imposé des coupes dans les dépenses sociales.

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