En Europe de l’Est, le mauvais état des systèmes de santé alimente les frustrations

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L’hôpital Kutvölgyi, à Budapest, le 25 janvier 2019.
L’hôpital Kutvölgyi, à Budapest, le 25 janvier 2019. AKOS STILLER/The New York Times/REDUX-REA

Autrefois fleuron de la médecine hongroise, l’hôpital ressemble désormais à un sarcophage décrépi. En plein cœur de Budapest, les murs extérieurs du Kutvölgyi sont faits de briques mal jointées. A l’intérieur, les mosaïques vert criard n’ont pas changé depuis la construction.

« Quand nous venions ici dans les années 1980, c’était pourtant spectaculaire », se souvient Juliana, une retraitée venue accompagner son mari atteint de la maladie de Parkinson. Le Kutvölgyi était alors réservé en priorité aux cadres du Parti communiste et faisait rêver tous les Hongrois. « Maintenant, il tombe en ruine », se désespère cette économiste forcée de continuer à travailler pour payer les nombreux coûts annexes que nécessitent les traitements de son mari. « Rien que pour le kinésithérapeute et les massages, nous devons payer 12 000 forints [35 euros] par semaine. »

L’hôpital a fait l’objet d’un jeu désespérant publié en juin par le site Index. Les internautes devaient examiner une série de dix photos et déterminer si elles avaient été prises « à Tchernobyl ou dans un hôpital hongrois ». La note moyenne de 6,3 démontre que cela n’avait rien d’évident. Car le Kutvölgyi est à l’image du reste du système de santé hongrois, lui-même similaire à celui des autres pays de la région : il a mal supporté l’effondrement du communisme.

« Des lits pour les mamans »

Trente ans après la chute du rideau de fer, si le niveau de vie et de liberté des citoyens d’Europe centrale s’est indubitablement amélioré, beaucoup considèrent que ce n’est pas le cas de leur santé publique. Seuls 30 % des Hongrois et 17 % des Bulgares estiment ainsi que les changements intervenus depuis 1989 ont eu un bon impact sur la médecine, ce qui alimente les frustrations. « Dans la région, les gens savent ce que c’est qu’un village sans médecin, et les priver de certains services médicaux est la meilleure façon de renforcer l’extrême droite », analyse le politiste bulgare Ivan Krastev, spécialiste de l’Europe centrale.

« C’était peut-être le seul bon côté du communisme et cela a été complètement détruit », regrette ainsi Zsolt Orosvari en faisant visiter l’hôpital Szent György de Szekesfehervar, au sud-ouest de Budapest. En novembre 2018, sa fille y a été hospitalisée pour des examens de détection de l’épilepsie. Comme beaucoup d’autres, l’établissement dispose de parties entièrement rénovées grâce aux fonds européens, comme l’indiquent les pancartes aux couleurs de l’UE, et d’autres encore complètement à l’abandon.

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