En démissionnant, le président kirghiz évite momentanément le pire à son pays

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Le président Sooronbaï Jeenbekov lors de son investiture présidentielle, à Bichkek (capitale du Kirghizistan), le 24 novembre 2017.

Simple répit ou fin d’une crise politique qui a menacé de plonger le Kirghizistan dans le chaos ? Jeudi 15 octobre, dans un geste revendiqué d’apaisement, le président de ce très instable pays d’Asie centrale a annoncé sa démission, offrant l’espoir d’un retour au calme. Sooronbaï Jeenbekov avait bien tenté, la veille, de retarder cette échéance, mais il a fini par céder, invoquant « l’intégrité et la paix dans notre pays », mises à mal depuis dix jours.

« Je ne veux pas entrer dans l’histoire du Kirghizistan comme le président qui a fait couler le sang en tirant sur ses concitoyens », a déclaré M. Jeenbekov dans un communiqué. De l’avis des observateurs, ces paroles graves pourraient bien être sincères. « Il part aussi facilement qu’il était arrivé », résume Arkadi Doubnov, expert de l’Asie centrale. En 2017, Sooronbaï Jeenbekov avait quasiment hérité de la présidence des mains de son prédécesseur, Almazbek Atambaïev, sans se battre pour le pouvoir. Trois ans plus tard, il n’a pas cherché à mobiliser ses partisans dans la rue, ni envoyé l’armée briser la contestation, malgré des affrontements au cours des premiers jours.

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Autrement dit, ce « président faible », selon le mot de M. Doubnov, a cédé sous les assauts conjugués de la rue et de son principal opposant, Sadyr Japarov, libéré de prison quelques jours plus tôt par une foule. Tout laisse à penser que les deux hommes ont trouvé un compromis : mercredi, M. Jeenbekov avait validé la nomination de M. Japarov au poste de premier ministre, pourtant intervenue dans des conditions douteuses ; dans le même temps, le Parlement élisait à sa tête un allié du président sortant, Kanatbek Isaïev. C’est lui qui sera le président par intérim en attendant des élections générales.

Rivalités traditionnelles

A défaut d’y mettre un terme, cette démission tourne une page dans la crise politique. Celle-ci avait débuté le 4 octobre avec la dénonciation de fraudes massives lors des élections législatives, orchestrées par les alliés du président Jeenbekov, sortis grands vainqueurs du scrutin. Lors des manifestations qui ont suivi, plusieurs dirigeants d’opposition ont été sortis de prison, dont Sadyr Japarov, et le président avait dû promettre de démissionner pour apaiser la rue.

L’étape suivante – des élections présidentielle et législatives dont la date est encore à fixer – sera plus sensible encore. « Même la composition de la Commission électorale va devenir un casse-tête, estime Arkadi Doubnov, avec une défiance forte entre toutes les forces politiques. » Le tout avec un pouvoir et des institutions plus affaiblies que jamais.

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