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La liste des victimes d’espionnage illégal s’allonge. A Bogota, la Fondation pour la liberté de presse (FLIP) a dénoncé, mercredi 10 juin, quatorze nouveaux cas de journalistes surveillés par l’armée colombienne, dont un photographe français, Damien Fellous, et plusieurs reporters connus. Ibeyise Pacheco et Alberto Ravell, deux journalistes vénézuéliens qui vivent en exil à Bogota, sont également sur la liste.
« La FLIP a confirmé ce que j’ai à plusieurs reprises dénoncé devant la justice. Je suis suivi, espionné, écouté », explique le journaliste d’investigation Julian Martinez, auteur d’un ouvrage sur les écoutes téléphoniques à l’époque du président Alvaro Uribe (2002-2010). Aujourd’hui sénateur, M. Uribe est soupçonné d’avoir été le réceptionnaire des informations récemment collectées par l’armée. La salle d’instruction de la Cour Suprême a fait savoir qu’elle avait ouvert une nouvelle enquête préliminaire contre l’ancien chef d’Etat.
Dans ce pays de guérillas et de mafias, l’espionnage des civils est une pratique ancienne. Le démantèlement, en 2011, du Département administratif de sécurité (DAS), incriminé sous Alvaro Uribe, et la signature cinq ans plus tard d’un accord de paix avec les Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC) avaient laissé espérer un changement de comportement des organismes sécuritaires. Il n’a pas eu lieu. Président, gouvernement, état-major, toutes les institutions de l’Etat se démarquent de l’espionnage illégal, sans pour autant y mettre fin.
Technologies invasives
Le nouveau scandale a été révélé par l’hebdomadaire Semana, qui titrait début mai sur « Les dossiers secrets » de l’armée. La revue dénonçait les opérations de surveillance menées de février à décembre 2019 par les services militaires de renseignement et contre-renseignement contre des journalistes, des défenseurs des droits de l’homme et des parlementaires d’opposition. Pas moins de 130 personnes (dont 52 journalistes, selon la FLIP) ont été ciblées, peut-être beaucoup plus. Plusieurs victimes ont demandé à avoir accès aux informations collectées, sans succès jusqu’à présent.
Les réseaux sociaux des journalistes ont été passés au crible, leurs sources (dites « médiateurs » dans les dossiers secrets) ont été identifiées. Les diagrammes dessinés font même apparaître des membres de leur famille. La FLIP s’inquiète de l’usage de « technologies invasives » pour la collecte d’information, et demande au gouvernement de garantir « la vie et l’intégrité » des journalistes suivis par l’armée.
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