en Casamance, la longue agonie de la plus vieille rébellion d’Afrique

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Kouba Bouli Diatta a les yeux injectés de sang, comme s’il venait de pleurer. Assis sur son bidon d’essence, le vieil homme essaie d’oublier la touffeur de la brousse bissau-guinéenne. Il vient de fumer un peu de chanvre, savourant les plaisirs simples de sa nouvelle vie sans armes. A 63 ans, ce combattant du Mouvement des forces démocratiques casamançaises (MFDC) a désormais quitté le maquis qu’il avait rejoint « avant même d’avoir de la barbe ». Là, à quelques kilomètres du village de Cassalol, au sud de la frontière avec le Sénégal, nom de la faction du MFDC à laquelle il appartient, il a passé l’essentiel de sa vie à guetter l’ennemi et à combattre les forces de sécurité sénégalaises. L’âge venant, il n’a plus la force de continuer.

Comme d’autres, il fait partie de cette première génération qui a vieilli au service de la rébellion indépendantiste de Casamance, la plus ancienne d’Afrique encore active depuis sa formation, en 1983. Cette région verdoyante du sud du Sénégal, entre la Gambie et la Guinée-Bissau, demeure le théâtre d’un affrontement sans fin, alternant épisodes de violences armées et longues périodes d’accalmie. Le bilan officiel des victimes est pourtant l’un des plus faibles des conflits armés du continent : entre 3 000 et 5 000 morts, dont 800 en raison des mines antipersonnel.

Ces engins sont disséminés un peu partout sur les routes ensablées, les sentiers et les champs de la Casamance, où 1,2 million de mètres carrés de terre environ restent aujourd’hui à déminer, selon le Centre national d’action antimine du Sénégal (Cnams). Le 15 juin, deux militaires sénégalais ont été tués et deux autres blessés dans l’explosion d’une mine antichar au passage de leur véhicule, entre les villages de Diagnon et de Mbissine, dans l’est de la région. Un rappel que la Casamance reste un territoire sous tension dont le MFDC persiste à réclamer l’indépendance.

Au milieu des palmiers et des anacardiers, à mi-chemin entre les villages frontaliers de Kassou et d’Erame, vivent une vingtaine de maquisards aux côtés de Kouba Bouli Diatta. Dans cette clairière où flotte une odeur de terre brûlée, trois cases en paille font office de quartier général. Quelques kalachnikovs rouillées sont entreposées à l’ombre, contre un muret. Pour l’heure, les armes se taisent.

Des quadragénaires vêtus de fripes

Kouba Bouli Diatta est silencieux, mélancolique. C’est pourtant lui et son passé de guerrier brave que l’on célèbre en cet après-midi de février, avec du vin de palme servi dans des gobelets en plastique. Autour de cette figure de la rébellion papillonnent les « gamins », des quadragénaires à l’air juvénile, vêtus de fripes délavées. Ce sont eux qui ont récolté, la veille, la sève du palmier afin de concocter le breuvage de la fête. Ils incarnent la relève de cette rébellion qui s’essouffle. Et la génération qui permettra peut-être aux barbes grisonnantes et aux sourires édentés de voir de leur vivant la Casamance « libre ». Son verre terminé, renonçant à la rhétorique belliqueuse, le retraité du maquis confie n’avoir « jamais pensé que la lutte durerait aussi longtemps ». « Je n’avais pas du tout prévu ça », murmure-t-il. Et les « gamins », un brin soucieux, s’imaginent qu’ils vieilliront peut-être comme lui, à l’ombre des palmiers.

Dans son maillot du club de Manchester United, Jacob Diatta – sans lien de parenté avec Kouba Bouli Diatta – ressemble davantage à un supporter égaré dans les profondeurs de la forêt qu’à un maquisard. Mais son discours ne trompe pas. « Je suis rebelle !, pavoise-t-il. Pourquoi les militaires sont encore à l’intérieur de nos villages ? Qu’ils viennent nous chercher dans la brousse ! »

Richard Mendy, à Punta Rosa, le 26 janvier 2018, montre les traces des obus que l’armée a lancés sur les rebelles du MFDC, suspectés du meurtre de 14 bûcherons dans la forêt de Bourofaye.

Depuis 1983, la branche armée du MFDC « Atika » (« combattant » en diola, l’une des langues locales) combat toute présence des forces de sécurité sénégalaises en Casamance, avec quelques milliers de fantassins mal armés, mal entraînés mais déterminés. Leur credo : l’indépendance ou la mort. « L’armée a détruit nos maisons, le bétail, tout… », raconte Jacob Diatta, la voix éraillée par la colère. Derrière l’étendard pro-indépendantiste, c’est bien le cours tragique de l’existence, les persécutions, le sentiment d’être abandonné par Dakar et l’absence d’avenir pour les jeunes désœuvrés qui ont poussé nombre d’entre eux dans les maquis de Casamance, où près de 70 % de la population vit en dessous du seuil de pauvreté.

Dans les années 1990, le président sénégalais, Abdou Diouf, avait d’abord opté pour la répression militaire afin d’écraser la guérilla casamançaise. Des accords de cessez-le-feu successifs (en 1991, 1993 et 1995) ont été violés, laissant place à de nouvelles vagues d’affrontements. Dans le sud de la Casamance, de nombreux villages ont été détruits, leurs habitants tués, enlevés ou contraints de déguerpir. Happés par la violence, Kouba Bouli, Jacob et les autres ont fini par fuir en Guinée-Bissau en 1995, suivis de leurs familles, avant de s’enrôler dans la rébellion.

« Les motivations individuelles sont très importantes pour expliquer l’engagement des combattants du MFDC. Beaucoup ont perdu leurs terres, des membres de leur famille ont été tués devant eux, leurs voisins les ont dénoncés à l’armée comme rebelles… », précise Paul Diédhiou, anthropologue à l’université de Ziguinchor, capitale historique de la Casamance.

Mépris culturel envers les Diolas

Aujourd’hui, l’amertume et la frustration restent palpables chez les combattants. « On ne nous considère pas !, lâche Boubacar Diatta – un nouvel homonyme –, maquisard de 43 ans. Pourquoi ? Parce que nous sommes casamançais. » L’idée d’un mépris culturel de l’élite sénégalaise envers les Diolas, une des ethnies majoritaires en Casamance et au sein de la rébellion, a longtemps justifié le recours à la violence du MFDC. « Le Sénégal ne veut pas libérer notre terre », condamne Jacob Diatta.

En trente-huit ans de rébellion, la vision du monde cultivée par ces combattants désœuvrés tout comme leurs conditions de vie n’ont pas beaucoup changé. En brousse, l’électricité et le réseau téléphonique manquent souvent, et rares sont ceux qui possèdent un véhicule. Les plus chanceux roulent sur de vieilles motos chinoises Jakarta, taillées pour filer sur les chemins défoncés. Alors, presque coupés du monde, les rebelles se sont attachés à leur routine : patrouilles armées, entretien du camp, cultures d’anacarde, d’arachide et de marijuana. « On n’est pas découragés, mais vivre dans le maquis est difficile. Parfois, tu n’as même pas de quoi manger… Enfin… Nous souffrons pour la population de la Casamance, pour son unité », se résigne Jacob Diatta.

Pourtant, le Mouvement des forces démocratiques casamançaises (MFDC) n’est pas un modèle d’harmonie. Depuis la fin des années 1990, son aile politique et son aile armée se déchirent sur fond d’accusations de corruption et de traîtrise à l’idéal indépendantiste. « Les divisions ont commencé dès les années 2000, avec l’assassinat de Léopold Sagna. A l’époque, il avait été désigné comme nouveau chef de l’aile armée par le leader historique du mouvement, l’abbé Augustin Diamacoune Senghor », relate l’anthropologue Paul Diédhiou.

Depuis, deux chefs importants du MFDC, César Atoute Badiate et Salif Sadio, se sont lancés dans une lutte fratricide, voulant ravir la place des chefs disparus. Le premier a installé sa faction à Cassolol, à la frontière entre le Sénégal et la Guinée-Bissau, et a chassé le second vers le front nord en 2006, près de la frontière sénégalo-gambienne.

Les millions de francs CFA distribués pour acheter la paix ont donné le goût du gain aux combattants du MFDC

Ces rivalités intestines ont été exacerbées sous le président sénégalais Abdoulaye Wade (2000-2012). « Il a accentué la division de la rébellion casamançaise en injectant beaucoup d’argent dans le maquis », explique Ibrahima Gassama, journaliste et animateur de l’émission de radio dominicale « Le Carrefour de la paix », consacrée à ce conflit. Des millions de francs CFA ont été distribués à des chefs et à des intermédiaires pour acheter la paix, mais cette stratégie a donné le goût du gain aux combattants du MFDC et conduit à son éclatement. « Aujourd’hui, on identifie une vingtaine de campements de rebelles le long des frontières », affirme M. Diédhiou. La brutale partition du mouvement armé a profité à l’installation de deux autres factions. Celle de Fathoma Coly, dite « Diakaye », située dans la zone des palmiers, au nord-ouest de Ziguinchor. Et le camp d’Ibrahima Compass Diatta, au sud-est de la capitale casamançaise, près du village de Sikoune.

Jacob Diatta et ses compagnons assurent que les tensions entre les leaders du MFDC appartiennent au passé. « Il y a eu des divisions, mais maintenant c’est fini, clame-t-il, tout en restant évasif sur les intentions de son chef, César Atoute Badiate. Nous sommes unis, il n’y a pas de problèmes. Atoute parle avec tout le monde ». Des pourparlers ont débuté dès 2014 entre les factions de César Atoute Badiate, Fathoma Coly et Ibrahima Compass Diatta, avec l’ambition d’unifier l’aile armée, condition sine qua non pour engager des négociations de paix avec l’Etat sénégalais. Mais là encore, l’entente est fragile. Fin avril, Ibrahima Compass Diatta a été accusé de trahison et destitué de sa fonction de chef.

« Des enfants en pagaille ! »

Dans le maquis, cette relative accalmie a permis aux combattants de fonder leurs familles. Certains se sont mariés et sont devenus pères, brouillant les frontières entre leurs quotidiens de rebelle et de civil. « Moi, j’ai des enfants en pagaille ! », plaisante Jacob Diatta. Autour de lui, les éclats de rires fusent. Il explique non sans fierté rendre visite à ses rejetons une semaine par mois. « Mais tu ne peux pas quitter comme ça le maquis, sans permission », met-il en garde. « Ceux qui ne sortent jamais du maquis sont très peu nombreux aujourd’hui », affirme Mokhtar Niang, ex-membre du Centre pour le dialogue humanitaire (HD), une ONG suisse spécialisée « dans la diplomatie privée », qui a organisé des pourparlers entre les factions dès 2014. « La plupart des rebelles du MFDC circulent entre la brousse, Ziguinchor, la Guinée-Bissau et la Gambie. Même les chefs de factions, excepté Salif Sadio, bougent beaucoup. Ils ont des femmes et des enfants un peu partout dans la région. »

Adossé contre une case, Eugène Diédhiou fixe l’écran brisé de son téléphone portable. A 38 ans, il est le plus jeune du groupe et n’a connu la Casamance qu’en état de conflit. D’abord à 13 ans comme réfugié fuyant le village casamançais de Youtou jusqu’en Guinée-Bissau, puis comme maquisard, à 18 ans. Aujourd’hui, ce neveu de Kouba Bouli Diatta jure qu’il n’attend qu’une chose : « Se venger de l’armée », toujours présente aux abords des villages casamançais. Son impétuosité n’étonne personne. Pieds nus, il se lève, s’échauffe et se rassoit. Jacob Diatta reprend la parole, solennel : « Nous, on veut négocier avec l’Etat du Sénégal pour avoir la paix. » Il y a quelques années, aspirer à une trêve s’apparentait à un acte de trahison. De même qu’abandonner le maquis pour dénoncer la lutte armée.

La forêt  de Bissine, en Casamance, le 27 janvier 2018. La contrebande et le trafic de bois provoquent de vives tensions dans la région.

A Ziguinchor, centre économique et politique de la Casamance, Louis Tendeng est une figure locale. Il est l’un de ceux qui fondèrent le premier maquis, sous l’autorité de Sidy Badji, le chef historique d’Atika. Sur le parvis de la Maison de la paix, avenue Ibou Diallo, l’ancien maquisard a aujourd’hui des allures de dandy, avec son panama et sa chemise à fleur. D’emblée, il reconnaît que « ce conflit a trop duré ». Depuis son départ de la brousse casamançaise, en 1996, Louis Tendeng œuvre pour que les rebelles acceptent de négocier avec Dakar. « Au début, ils me considéraient tous comme un corrompu, alors que ça n’était pas le cas ! », se défend le sexagénaire. Il collabore avec plusieurs ONG impliquées dans la médiation, et utilise son réseau comme son expérience du maquis pour s’adresser tantôt aux officiels sénégalais, tantôt aux rebelles. « J’ai perdu mon temps, toute ma vie, dans ce conflit. La seule chose que je regrette, c’est qu’il n’y ait toujours pas de solution », déplore t-il.

En 2012, l’arrivée à la tête de l’Etat de Macky Sall – toujours en place – avait suscité un regain d’espoir. Le président avait affiché sa volonté de négocier avec le MFDC. Mais au sein du mouvement profondément divisé, seul Salif Sadio, chef de la faction Nord, avait saisi l’opportunité. Depuis, les négociations sont placées sous l’égide de la communauté catholique de Sant’Egidio. En huit ans, une dizaine de rencontres ont été organisées par la médiatrice de paix, à Rome, entre les représentants des deux parties. Pourtant, le gouvernement sénégalais est resté très discret sur la teneur de ces discussions. La dernière en date s’est déroulée les 28 et 29 février, après deux ans d’interruption dans les pourparlers.

« C’est l’armée qui nous a attaqués en premier. Alors pourquoi n’aurions-nous pas le droit de leur tirer dessus ? » (Salif Sadio, un chef du MFDC)

Profitant de ce silence, Salif Sadio a organisé, lui, une série de réunions publiques dans son fief du Fogny, au printemps 2019. Officiellement, il souhaitait rendre compte de l’avancée du processus de paix, mais, comme en témoigne une vidéo que Le Monde a pu consulter, le chef indépendantiste utilisait ses rassemblements pour diffuser des idées radicales. Entouré de ses hommes armés, il s’est adressé le 29 juin à plusieurs centaines de villageois rassemblés dans le bourg de Baye Peul (nord de la Casamance). « Le Sénégal nous a poussés à entrer dans le maquis. C’est l’armée qui nous a attaqués en premier. Alors pourquoi n’aurions-nous pas le droit de leur tirer dessus ? », a t-il demandé en mandingue (dialecte ouest-africain), avant d’être applaudi par la foule.

Vêtu d’un boubou immaculé, le septuagénaire a martelé pendant plus de deux heures ses arguments en faveur de l’indépendance. De quoi s’interroger sur l’état des discussions de paix en cours à Rome. Or ces manifestations orchestrées par Salif Sadio ont pourtant été menées, au départ, avec l’aval des autorités locales. L’armée quadrillait la zone pour prévenir tout débordement. Mais, jugés trop subversifs, les « meetings » ont fini par être interdits. Certains des lieutenants de Salif Sadio ont même été arrêtés pour leurs propos séditieux. Le chef de guerre ne s’est pas exprimé en public depuis lors. Et pour cause : plusieurs sources officielles affirment que lui et César Atoute Badiate sont gravement malades.

Ce déclin des leaders du MFDC a coïncidé avec la disparition de régimes autrefois favorables à la rébellion, en Gambie et en Guinée-Bissau. En 2017, la chute du dictateur gambien Yahya Jammeh a privé Salif Sadio de son principal soutien politique et financier. Exilé en Guinée équatoriale, l’autocrate a aussitôt été remplacé par un proche de Macky Sall, Adama Barrow, président depuis 2016, malgré sa promesse de ne rester au pouvoir que trois ans. En Guinée-Bissau, l’élection d’Umaro Sissoco Embalo en décembre 2019 a aussi marqué la fin d’une ère. Cet autre ami de Macky Sall, au positionnement libéral, est le premier président à ne pas porter les couleurs du Parti africain pour l’indépendance de la Guinée et du Cap-Vert (PAIGC). Jusqu’alors, cette formation avait dominé la vie politique bissau-guinéenne depuis l’indépendance du pays, en 1974. Ses liens étroits avec les maquisards casamançais avaient contribué à aggraver l’instabilité politique de la Guinée-Bissau. Pour le Sénégal, ce nouveau contexte sous-régional représente une aubaine.

« La carte du pourrissement »

« L’Etat sénégalais est en position de force, sur le plan militaire et sur le plan politique, face au MFDC, note Jean-Claude Marut, géographe et spécialiste du conflit casamançais. Pourquoi négocierait-il avec un mouvement en voie d’essoufflement ? Le Sénégal joue la carte du pourrissement, en espérant que la rébellion va s’épuiser d’elle-même. » Les revendications indépendantistes finiront par mourir avec ceux qui les ont formulées, croit-on au sommet de l’Etat. « Le Sénégal n’a jamais considéré la situation casamançaise comme un conflit, et encore moins comme une guerre régionale. Pour les autorités, cela reste une crise interne. Encore aujourd’hui, certains officiels n’hésitent pas à dire que les rebelles sont juste des enfants perdus de la nation », assure Mokhtar Niang, ex-membre de l’ONG Centre pour le dialogue humanitaire.

Des égarés, que les autorités essaient tant bien que mal de réintégrer dans leur giron. « L’objectif est que les combattants du MFDC quittent le maquis pour revenir progressivement à la vie civile », confirme Jean-Claude Marut. Les projets de développement se sont multipliés pour désenclaver cette région autrefois prisée des touristes et relever son économie exsangue. Depuis début 2019, « une centaine de combattants » auraient exprimé leur souhait de déposer les armes, selon Robert Sagna, ancien maire de Ziguinchor et président du Groupe de réflexion pour la paix en Casamance (GRPC), qui intervient en tant que facilitateur dans les négociations.

Combien sont-ils, à l’inverse, qui rejoignent les rangs du mouvement ? Aucun chiffre fiable n’existe, même si tout porte à croire qu’ils sont de moins en moins nombreux. « Bien sûr qu’il y en a ! Je suis moi-même la preuve que des jeunes partent encore dans le maquis », s’agace le combattant Eugène Diédhiou. Mais que vont-ils faire dans une lutte armée au point mort ?

Effets pervers du statu quo

« Ni guerre ni paix ». L’expression est régulièrement évoquée pour décrire ce statu quo casamançais. Et ses effets pervers. La rébellion a bâti une économie parallèle lui permettant d’entretenir son influence sur ses territoires. Les trafics de bois de vène, de chanvre, de noix de cajou et de produits importés prospèrent dans les zones transfrontalières, à proximité des cantonnements du MFDC. La contrebande occupe de nombreux maquisards. Face à cette situation, l’Etat sénégalais semble fermer les yeux. En mars, une enquête menée par la BBC Afrique révélait que 10 000 hectares de forêt de bois de rose en Casamance avaient été abattus illégalement depuis 2014. « La région est livrée à elle-même, au gré du MFDC et des bandits transfrontaliers. Jusqu’à quand ? », interroge le journaliste Ibrahima Gassama.

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Ces trafics offrent surtout des opportunités de reconversion aux maquisards les plus haut placés. « Les chefs de la rébellion se préparent au moment inévitable où l’étau va se resserrer sur eux. Ils pourront alors s’évaporer dans la nature du jour au lendemain puisqu’ils ont des attaches hors du maquis. La plupart d’entre eux possèdent des documents d’identité à la fois sénégalais et bissau-guinéens ou gambiens », précise Mokhtar Niang.

Pour les combattants de Cassolol, il n’est pas question de reconversion ni de déposer les armes. Tous s’accrochent à leur vérité. « Si le Sénégal ne veut pas régler notre problème, nous resterons et mourrons ici. Nous ne sortirons jamais du maquis ! », prévient Jacob Diatta. « C’est nous qui avons perdu le plus dans cette guerre, poursuit-il, tout en sortant de sa poche une feuille à rouler et un petit flacon de chanvre indien. Mais ce n’est pas grave. S’ils acceptent de nous rendre la Casamance, nous leur pardonnerons ». « Dieuredieuf [« merci » en wolof] le Sénégal ! Puis c’est tout : on oublie », termine-t-il dans un souffle de fumée.

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