En Birmanie, la mobilisation se poursuit alors que la répression s’amplifie

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Manifestation à un carrefour à Rangoun, en Birmanie, le 10 février.

La mobilisation ne faiblit pas en Birmanie. Tôt mercredi matin 10 février, plusieurs centaines de personnes ont commencé à se rassembler dans le centre de Rangoun, la capitale économique du pays, alors que la répression a été sévère la veille. « Nous ferons tout pour rejeter le gouvernement militaire », a déclaré à l’Agence France-Presse (AFP) Kyaw Kyaw, un employé d’hôtel. « Nous ne voulons pas rester sous la dictature. J’ai aussi un peu peur après la répression d’hier », a ajouté Khin Nyein Wai, un étudiant.

Selon la Ligue nationale pour la démocratie (LND), les militaires ont mené, mardi soir, un raid contre le siège du parti d’Aung San Suu Kyi à Rangoun. « Le dictateur militaire a investi et détruit le quartier général de la LND aux environs de 21 h 30 » (16 heures à Paris), a fait savoir le parti sur sa page Facebook, alors qu’avaient lieu des manifestations dans plusieurs villes, réprimées avec des canons à eau et des tirs de balles en caoutchouc.

Les manifestants se protégent des canons à eau de la police, à Rangoun, le 9 février.

Mesures ciblées envisagées

L’ONU a condamné, mardi, l’usage « disproportionné » et « inacceptable » de la force par l’armée, à l’origine d’un coup d’Etat la semaine dernière. « De nombreux protestataires ont été blessés, dont certains grièvement », d’après des rapports reçus de plusieurs villes du pays, a déclaré Ola Almgren, coordonnateur résident des Nations unies en Birmanie.

Le chef de la diplomatie européenne, Josep Borrell, a évoqué l’adoption de nouvelles sanctions contre l’armée birmane : « Nous sommes en train de revoir toutes nos options », a-t-il déclaré devant les députés européens, soulignant toutefois que ces mesures ciblées ne devaient pas frapper la population.

La police antiémeute monte la garde sur une route, à Rangoun, le 9 février.

Il était, à ce stade, impossible d’obtenir une estimation du nombre de blessés auprès des hôpitaux. Mais la tension est montée d’un cran mardi, l’armée ayant menacé la veille les contestataires de représailles.

A Naypyidaw, la capitale construite par la junte au cœur de la jungle, un médecin a affirmé que les militaires avaient tiré à balles réelles, à en juger par les blessures subies par deux jeunes hommes hospitalisés dans un état critique. « On a tiré sur mon fils qui tentait d’utiliser un mégaphone pour demander aux gens de manifester pacifiquement », a raconté le père d’un des blessés, Tun Wai, un orfèvre de 56 ans.

A Mandalay (centre), la deuxième ville du pays, la police a tiré des gaz lacrymogènes contre des protestataires qui agitaient des drapeaux de la LND.

Les autorités ont interdit, depuis lundi soir, les rassemblements de plus de cinq personnes dans plusieurs villes, un couvre-feu a été décrété et les manifestants se sont dispersés en début de soirée.

Lire aussi : la désobéissance civile s’étend après le coup d’Etat militaire en Birmanie

Vent de contestation inédit

Ces derniers jours, des centaines de milliers de manifestants ont défilé à travers le pays, réclamant la libération des personnes détenues, la fin de la dictature et l’abolition de la Constitution de 2008, très favorable à l’armée.

Ce vent de contestation est inédit depuis le soulèvement populaire de 2007, la « révolution de safran » menée par les moines et violemment réprimée par les militaires. Le risque de répression est réel dans ce pays, qui a déjà vécu près de cinquante ans sous le joug des militaires depuis son indépendance en 1948. Le putsch du 1er février a mis fin à une brève parenthèse démocratique d’une décennie.

Manifestation devant l’ambassade du Japon à Rangoun, en Birmanie, le 10 février.

Le commandant en chef de l’armée, Min Aung Hlaing, s’est exprimé, pour la première fois, lundi soir sur la chaîne de l’armée, Myawaddy TV. Il s’est engagé à « la tenue d’élections libres et justes » à la fin de l’état d’urgence d’un an et a promis un régime militaire « différent » des précédents.

Le Conseil des droits de l’homme de l’ONU va tenir, vendredi, une session spéciale sur ces événements. Le Conseil de sécurité des Nations unies a, de son côté, appelé à la libération des détenus.

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Le Monde avec AFP

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