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Svetlana Tsikhanovskaïa, la figure de l’opposition en exil en Lituanie, le martèle, à propos du soulèvement qui secoue la Biélorussie depuis cinquante-sept jours : « C’est une révolution démocratique, pas géopolitique. » A chacune de ses interventions, même face à des dirigeants occidentaux, l’opposante fait tout pour que le mouvement n’apparaisse pas comme antirusse. Depuis quelques semaines, les slogans anti-Poutine ont néanmoins fleuri dans les cortèges, afin de dénoncer l’ingérence du président russe en soutien à Alexandre Loukachenko, réélu frauduleusement le 9 août.
« Sans Poutine, la révolution aurait abouti beaucoup plus vite », estime ainsi Nikolaï. « Evidemment qu’il y a une ingérence. Poutine a trop peur que le mouvement se répande dans son pays », croit savoir cet ingénieur d’une cinquantaine d’années. Les deux dirigeants « sont les enfants de Staline », dit-il, pensif, tout en observant au loin le ballet des canons à eau qui dispersent les manifestants, ce dimanche 4 octobre.
« Eurosceptiques et russophiles »
La neuvième manifestation contre le régime d’Alexandre Loukachenko a rassemblé plus de 100 000 personnes, selon les médias d’opposition. La mobilisation a été perturbée par les mouvements des forces spéciales antiémeutes, les OMON, qui n’ont cessé d’empêcher la formation d’un cortège principal. Plusieurs stations de métro ont été fermées. Le réseau mobile a également été suspendu dans l’après-midi. Les forces de l’ordre ont procédé à de nombreuses arrestations, notamment une adolescente de 13 ans, dans la ville de Grodno. Les images ont provoqué une forte émotion sur les réseaux sociaux.
Entre le régime et les contestataires, la situation semble désormais gelée. Avec, d’un côté, un mouvement de contestation toujours très pacifique et déterminé, depuis les actes de torture et de violence des premières nuits, les 9, 10 et 11 août. Et de l’autre, un président au pouvoir depuis vingt-six ans qui, tout en ayant promis une vague réforme constitutionnelle, refuse pour le moment d’engager des discussions avec les membres de l’opposition, pour la plupart exilés de force ou emprisonnés. Entre les deux, le rôle de la Russie et de son président constitue un nouveau point d’achoppement.
« Le rôle de la Russie est de plus en plus décrié dans les discours et dans les discussions des opposants au régime, assure Anna Colin Lebedev, spécialiste des espaces post-soviétiques, On constate notamment des marques de solidarité avec les protestations dans l’Extrême-Orient russe, à Khabarovsk. » Pour autant, « les gens semblent distinguer le pays du pouvoir politique », nuance la chercheuse en science politique.
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