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La revue des revues. Et s’il suffisait de changer de carte pour trouver la clé ? En mer de Chine méridionale, les ressources en hydrocarbures et en poissons sont souvent mises en avant pour expliquer les rivalités territoriales autour des îles Spratleys. Ce serait oublier que cette zone contestée, appelée le Dangerous Ground et longtemps considérée comme périlleuse pour la navigation, est traversée par de profonds canyons sous-marins. « Autant d’autoroutes pour les sous-marins, tant traditionnels que nucléaires », avance le géographe François-Xavier Bonnet, chercheur associé à l’Institut de recherche sur l’Asie du Sud-Est contemporaine (Irasec), dans le numéro du premier trimestre 2020 de la revue Hérodote, consacré à l’Asie du Sud-Est. Le Dangerous Ground serait ainsi devenu « un espace stratégique d’où des sous-marins nucléaires pourraient menacer une partie de la population de la planète ».
En lançant Hérodote en 1976, l’universitaire Yves Lacoste tentait de dépoussiérer la géographie, qui traînait la lourde réputation d’être une « science des lieux », figée et rébarbative. « La géographie, ça sert, d’abord, à faire la guerre », affirmait-il en titre d’un essai choc, paru la même année chez Maspero. La discipline, devenue « géopolitique », s’immisce ainsi partout où les conflits entre les hommes éclosent.
« Nouvelles routes de la foi »
A cet égard, le dernier numéro est fidèle à la mission d’origine. Depuis les abysses sillonnant les îles Spratleys, Hérodote conduit son lecteur aux conflits liés à la circulation à Djakarta. Dans la capitale indonésienne, relève le doctorant en géographie à l’Inalco Rémi Desmoulière, la carte des affrontements entre les chauffeurs de minibus ou avec les moto-taxis disposant d’un service de géolocalisation dessine, en filigrane, la stratégie de l’Etat pour moderniser le système de transport au détriment des opérateurs privés. Là où un visiteur ne verrait qu’un accrochage entre deux chauffeurs de minibus, se joue en vérité une guerre sans merci pour contrôler les territoires du transport public.
D’autres cartes sont plus difficiles à dessiner : celle expliquant les montages financiers à l’origine des investissements immobiliers à Phnom Penh au Cambodge démontre surtout l’opacité du système. En une décennie, la tranquille capitale cambodgienne s’est en effet couverte d’ensembles résidentiels modernes, et les journaux locaux multiplient les suppléments consacrés à l’immobilier. Cet engouement pour la spéculation immobilière, note le géographe Gabriel Fauveaud, révèle comment des investisseurs étrangers ont progressivement pris le contrôle du marché du logement à Phnom Penh, en contournant la législation locale.
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