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DécryptagesLes défis de la relocalisation 4/5. Fragilisé par les tensions commerciales et la crise sanitaire, le modèle de développement sur lequel s’est bâtie l’Asie du Sud-Est ces dernières décennies est en panne. Dans le monde post-Covid-19, la Chine pourrait bien profiter à plein de l’intra-régionalisation des échanges et accentuer sa domination sur le continent.
Sur l’affiche, un pilote tire à la mitraillette à bord d’un avion de chasse criblé de balles, avec ce slogan : « C’est dans les moments difficiles que l’on reconnaît ceux qui ont du courage. » L’image a été soigneusement placée par le géant chinois des télécommunications Huawei en arrière-plan d’une conférence donnée par son état-major, lundi 18 mai, à Shenzen.
Rarement, la métaphore guerrière n’avait été aussi appuyée et explicite. Quelques jours auparavant, les Etats-Unis avaient décidé de barrer l’accès de la compagnie à la technologie américaine des semi-conducteurs. Derrière l’attaque de ce fleuron technologique, c’est toute la Chine qui s’est sentie visée. Pékin a aussitôt prévenu Washington qu’il prendrait les mesures nécessaires pour « défendre » ses entreprises.
Après cinq décennies d’ascension quasi ininterrompue, voici l’empire du Milieu stoppé dans son élan par les tensions commerciales avec les Etats-Unis et la pandémie due au coronavirus. En ce début d’année 2020, l’économie chinoise n’est pas loin de ressembler à la carcasse fumante d’un avion de chasse venant de s’écraser. Son produit intérieur brut s’est contracté sur un an de 6,8 % au premier trimestre, après une année 2019 où il n’avait connu qu’une croissance de 6,1 %, soit la pire performance de ces trois dernières décennies. Dans le reste de l’Asie, la situation n’est guère meilleure.
Désengagement américain
Au-delà de la mauvaise conjoncture, c’est tout un modèle de développement qui semble grippé, comme usé. L’agence de notation Moody’s y voit un « ralentissement structurel » qu’elle attribue, dans une note publiée en février, à quatre causes principales.
D’abord, les menaces qui pèsent sur le système multilatéral régissant le commerce mondial. Cette gouvernance a favorisé la hausse des échanges sur la planète, dont le continent asiatique a tant bénéficié ces dernières décennies. Or vingt-cinq ans après sa création, en 1995, l’Organisation mondiale du commerce est quasi défunte. Son directeur, Roberto Azevêdo, a récemment annoncé qu’il quitterait son poste en septembre 2020, et l’organe de règlement des différends est paralysé depuis que les Etats-Unis bloquent la nomination de nouveaux juges. Conjuguée au désengagement américain en Asie, l’affaiblissement du multilatéralisme a réveillé les tensions diplomatiques et les escarmouches protectionnistes dans la région, notamment entre le Japon et la Corée du Sud.
Ensuite, l’Asie pâtit, toujours selon Moody’s, de « la baisse structurelle de la croissance de la Chine », principal débouché des exportations de la région. « Le modèle qui a si bien fonctionné ces dernières décennies en Asie et qui consiste à sous-traiter à moindre coût pour ensuite remonter la chaîne de valeur ajoutée et s’intégrer dans l’économie mondiale est en panne », constate Françoise Nicolas, chercheuse à l’Institut français des relations internationales.
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