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Depuis le début de la crise l’Allemagne est méconnaissable. Avec une rapidité déconcertante, la République fédérale a mis de côté tous les principes qui font la spécificité de son modèle : faible intervention de l’Etat dans l’économie, équilibre des comptes publics, fort contrôle du Parlement sur les décisions de l’exécutif, notamment en matière d’endettement et de libertés publiques.
Le 25 mars, le Bundestag a voté, après un débat très succinct, la levée de l’obligation constitutionnelle de limitation de la dette publique. Il a avalisé sans broncher un plan de relance sans équivalent dans l’histoire allemande : un budget complémentaire déficitaire de 156 milliards d’euros, plus de 500 milliards d’euros de garanties sur les emprunts privés et la création d’un fonds public de participation. Doté de 600 milliards d’euros, ce dernier sera capable de nationaliser tout ou partie d’un grand groupe en difficulté, pour éviter son rachat par des investisseurs étrangers. 50 milliards d’euros ont commencé à être distribués, quasiment sans conditions, aux travailleurs indépendants du pays, au travers des banques publiques régionales. Tout cela dans un large consensus politique et économique. Même l’Institut de recherche économique de Munich (IFO), habituel pourfendeur de la dette publique, recommande que les Etats européens investissent urgemment dans leur système de santé.
L’urgence : le manque de liquidités
L’Allemagne est-elle en train de revoir son rapport à l’Etat ? De devenir, forcée par la crise, keynésienne ? On en est loin pour le moment. Il s’agit pour l’instant de gérer l’urgence : le manque de liquidités dans l’économie réelle. Avec l’adoption du plan de relance, les responsables de la CDU (Union chrétienne-démocrate, le premier parti du pays) n’ont laissé aucun doute : un plan de remboursement a été déposé afin de retrouver l’équilibre budgétaire pour l’« après corona ». Et certains économistes libéraux voient dans la levée du « frein à la dette » la preuve de la pertinence de l’outil. C’est bien parce que l’Allemagne a été si vertueuse ces dernières années au plan budgétaire qu’elle peut déployer sa puissance en pleine crise.
« On voit maintenant combien il était important de refuser tous les appels à augmenter les dettes qui ont été formulés ces dernières années », tranche Niklas Potrafke, directeur du Centre pour les finances publiques et l’économie politique de l’institut IFO. Le ministre social-démocrate des finances Olaf Scholz n’a pas dit autre chose : « L’Allemagne a le souffle » pour faire face à cette crise, elle peut, en quelque sorte « se le permettre ».
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