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Même les talibans peuvent s’inquiéter. Alors qu’ils se sont engagés, le 29 février, à Doha (Qatar), lors d’un préaccord de paix signé avec les seuls Américains, à juguler la violence sur le territoire afghan, ils semblent aujourd’hui incapables de contrôler l’activité de groupes qui multiplient les attaques. Certaines sont revendiquées par l’organisation Etat islamique (EI), d’autres non. Le principal mouvement insurgé afghan voit, aujourd’hui, poindre le risque d’être débordé par des éléments plus radicaux capables de saper sa crédibilité aux yeux de ses interlocuteurs internationaux.
Le dernier événement en date a directement visé le processus de paix en cours qui doit conduire à l’ouverture d’un dialogue interafghan. Lundi 22 juin, cinq membres du bureau du procureur général afghan, dont deux procureurs, ont été tués alors qu’ils se rendaient au centre de détention de Bagram, à une heure de route de Kaboul. Ils étaient chargés de poursuivre le travail de sélection, pour le compte du gouvernement, des prisonniers talibans pouvant entrer dans le cadre de l’échange fixé dans l’accord de février. Il a en effet été convenu qu’en préalable à tout début de pourparlers, cinq mille prisonniers talibans seraient libérés contre mille membres des forces de sécurité afghanes détenus dans les geôles talibanes.
« Cette opération a été menée par les ennemis de la paix », a rapidement réagi le représentant spécial des Etats-Unis pour la réconciliation afghane, Zalmay Khalilzad, qui a conduit la délégation américaine lors des négociations à Doha. « Elle montre, a-t-il ajouté, ce que nous savons déjà tous, des intérêts domestiques mais aussi étrangers tentent de retarder voire d’interrompre le chemin vers la paix. » Visiblement lasse devant tant de violence, la délégation de l’Union européenne en Afghanistan s’est ainsi interrogée : « Tuer cinq personnes qui allaient organiser la remise en liberté de prisonniers talibans, quelqu’un peut-il expliquer l’inexplicable ? »
Les actes meurtriers se succèdent
L’attaque n’était toujours pas revendiquée mercredi, et les talibans ont annoncé qu’ils lançaient leur propre enquête sur cette affaire. L’un de leur porte-parole a précisé qu’il fallait « garder à l’esprit que le processus de paix avait de nombreux ennemis et opposants ». En revanche, le président afghan, Ashraf Ghani, a publiquement désigné, lundi, les talibans comme responsables de ces assassinats et leur a demandé de « stopper leur violence et d’entendre la volonté de paix du gouvernement et de la population ».
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