[Economie] La Poste : harcèlement, brimades et humiliations aux ressources humaines

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Déboutée par la justice pour avoir demandé l’annulation d’une expertise pour risque grave au sein de son service des ressources humaines, la direction de La Poste était pourtant bien au courant d’importants dysfonctionnements en interne depuis trois ans. C’est ce qui ressort du jugement. Car ce sont les salariés qui avaient alerté les élus du CHSCT sur ces problèmes, parlant de harcèlement, brimades et humiliations. L’expertise confiée au cabinet Emergences doit faire la lumière sur ces accusations.

Au service des ressources humaines de la Poste, l’ambiance y est visiblement délétère. C’est ce qui ressort des témoignages de nombreux salariés et remontés aux élus du comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CHSCT). Des témoignages suffisamment circonstanciés qui ont déclenché une séance extraordinaire en novembre dernier pour aboutir au déclenchement d’“une expertise pour risque grave” dans ce service, confiée au cabinet Emergences.

 

Une décision qui n’a pas été du goût de la direction de La Poste. Elle a assigné le CHSCT devant le juge des référés de Saint-Denis pour en demander l’annulation. Ni plus, ni moins. Pourquoi une telle demande ? “Elle conteste cette expertise, en l’absence de démonstration de l’existence d’un risque grave, étant précisé qu’elle a mis des moyens importants pour identifier et limiter la survenance de risques professionnels”, peut-on lire dans l’ordonnance. Pour appuyer ses dires, la direction a avancé plusieurs arguments : “les extraits du registre du CHSCT et les attestations produites étant imprécises et ne correspondant pas à la qualification du risque grave, l’absentéisme n’ayant pas augmenté , aucun trouble physique ou moral n’ayant été déclaré et aucun autre événement ou incident ou droit de retrait ne s’étant produit (…).” En face, les élus du CHSCT ont toujours maintenu leur point de vue arguant de la gravité de la situation.

 

“Climat malsain”

 

Car cette procédure judiciaire a mis en lumière un vrai malaise au sein du service des ressources humaines de la Poste. Plusieurs salariés ont témoigné de cette situation sous couvert d’anonymat. “Il y a eu des pleurs, des cris. Le climat est malsain et les conditions de travail sont dégradées. Ce qui génère du stress et de l’angoisse.” Un autre parle “d’humiliation” de la part de sa hiérarchie et raconte un épisode qui s’est déroulé en 2019. Une crise d’angoisse où la personne s’était enfermée dans les toilettes du service RH. “On demande de l’aide”, rétorque l’un d’entre-eux.

 

“Depuis quelques années, nous sommes confrontés à la colère de responsables. La direction n’a pas mis en place de solutions. Il y a eu plusieurs départs, plusieurs changements de postes.” Pourtant à les écouter, la direction de la Poste avait bien mis en place une cellule d’écoute et des process internes. “Mais tout a été étouffé.”

 

Un harcèlement qui est allé plus loin avec un autre salarié dont le témoignage laisse sans mot. “J’ai reçu des propos inappropriés sur ma vie personnelle de la part de la hiérarchie. Une fois en arrêt maladie, une personne des ressources humaines à appeler mon médecin traitant pour avoir des infos sur ce que j’avais.” En gros, savoir s’il ne s’agissait pas d’un malade imaginaire, sans se soucier du secret médical. En tout, une dizaine de salariés sont concernés par des faits plus ou moins similaires.

 

Des déclarations et témoignages des salariés fournis par les élus dans le procès verbal de cette séance de novembre qui ont fait mouche auprès du tribunal. “Il est produit la photocopie du registre d’hygiène de sécurité sur lequel est retracé le mal être pesant des salariés, confirmé par leurs attestations et celle d’autres salariés décrivant le climat anxiogène du service et leur souffrance au travail”, note le juge des référés.

 

Des alertes déjà données en 2017 et 2019

 

Plus embêtant, à la lecture de l’ordonnance, on apprend que la direction de La Poste était bien au courant de ces agissements au sein de son service depuis… 3 ans ! “Il ressort de ce PV que l’employeur reconnaît qu’une alerte a été donnée depuis 2017 et 2019 (…) Le représentant de l’employeur a reconnu ce risque depuis plusieurs années, indiquant avoir mis en place des entretiens d’écoute individuelle, parlant de ressenti des salariés, ce qui apparait contradictoire au vu des mesures mises en place et proposées.” La justice a penché du côté des élus du CHSCT début mars, allant jusqu’à condamner la Poste à leur verser 2 500 euros. “Une double victoire”, saluée par le secrétaire du CHSCT, Loïc Désirée.

 

Toute cette procédure pose question sur l’absence de réelles mesures prises en interne pour pallier à ses problèmes de management. “La direction de La Poste a cherché à faire passer l’expertise en interne. En passant par le service de prévention de La Poste et qui inclut un médecin du travail et une assistante sociale. Mais c’est un peu comme si des salariés de La Poste enquêtaient sur des salariés de La Poste. Difficile à réaliser”, souligne Loïc Désirée.

 

Contactée, la direction de La Poste nous fait savoir qu’elle a commencé à s’exécuter en prenant contact avec le cabinet Emergence pour le lancement de l’expertise pour risque grave au sein du service des ressources humaines de La Poste. Les résultats de l’expertise ne devraient pas être connus avant plusieurs mois.

 

Julien Delarue

[email protected]



Condamnée pour discrimination devant les Prud’hommes

 

Fin décembre, La Poste de La Réunion a également dû faire avec une double condamnation pour discrimination devant les Prud’hommes de Saint-Denis. Deux agents avaient été sanctionnés après une grève en 2014. “La direction avait décidé de sanctionner durement les grévistes, baisse de notation, sanctions, mise en absence irrégulière, suppression de la prime d’équipe”, rappelle le syndicat Sud PTT.

 

Deux affaires qui auront mis longtemps avant d’être jugées devant les Prud’hommes. La direction de La Poste n’ayant pas fait appel de cette double condamnation, elle a dû verser 2 000 euros de dommages et intérêts en réparation du préjudice moral, des rattrapages de congés payés et de la prime d’équipe.

 

“La Poste s’attaque au droit de grève en sanctionnant les agents. Le but est de stopper toute velléité de contestation. C’est devenu une norme de mettre la pression à ceux qui font grève”, explique Bruno Aporchat, secrétaire de Sud PTT. “Au final dans cette affaire nous avons défendu 4 agents et nous avons gagné sur les 4 dossiers. Il faut que La Poste de la Réunion cesse ce genre de pratique, le dialogue social ne doit pas se passer devant les tribunaux. La grève est un droit”, poursuit-il. En tout, la direction aura dû verser plus de 13 000 euros à ses agents pour réparer les préjudices infligés.

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