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CRISE. Conscient de la fragilité de la situation réunionnaise, l’Etat a décidé de mobiliser plusieurs fonds de secours issus des différents ministères pour mettre immédiatement sur la table 130 millions d’euros dans le cadre du plan de relance économique pour La Réunion. Une enveloppe qui vient s’ajouter aux 2 000 Parcours Emplois Compétences (PEC) déployés dans le secteur marchand.
Après une très longue réunion de la cellule de continuité économique, devenue également sociale, pendant toute la matinée de vendredi, le préfet de la Réunion a présenté, en fin de journée, les grands axes du “plan de relance” pour éviter que la crise sanitaire ne se transforme en crise économique. Un plan pas encore totalement écrit mais qui devait être présenté rapidement. “Il faut aller vite” a martelé à plusieurs reprises Jacques Billant. En trois axes, il s’articule sur le soutien à la demande, la modernisation de l’économie et la structuration des filières ou encore le renforcement des politiques d’emploi et de formation dans un Pétrel version 2. “Un plan ambitieux, global et cohérent avec la trajectoire 5.0 du ministère des Outre-mer (…). Il en va de la responsabilité de l’Etat pour sauver des pans entiers de l’économie”, rappelle le préfet.
“Choc de commande publique”
Dès le début de la crise sanitaire, le préfet avait arrêté trois piliers de travail autour de l’économie : organiser, sauvegarder et relancer. La troisième phase a été enclenchée hier soir. L’Etat a décidé de mobiliser immédiatement 130 millions d’euros, dont 20 millions destinés aux collectivités afin qu’elles renforcent leur capacité d’investissement, provenant de crédits d’intervention des administrations publiques. “Un choc de commande publique”, assure Jacques Billant. Un travail de répartition sera confié au Haut conseil de la commande publique qui se réunira le 18 juin prochain, mais cette enveloppe devrait principalement concerner le BTP, la restauration collective, les services… Objectif affiché ? Un effet de relance immédiat à destination des entreprises. Au-delà de la commande publique, il s’agit également de “sécuriser” les recettes perdues d’octroi de mer et de la taxe spéciale sur les carburants par les collectivités pendant toute la durée du confinement. Ce manque à gagner aura des conséquences sur le budget des collectivités en terme d’investissements et de commande publique. Si les projections chiffrées sont toujours en cours de calcul, un mécanisme de compensation sera arrêté lors de la prochaine loi de finances rectificative présentée pendant l’été.
L’Etat qui a décidé d’accélérer pour moderniser et structurer les filières économiques. Au-delà des dispositifs mis en place par le gouvernement pendant la crise, la préfecture souhaite faciliter le financement des entreprises réunionnaises, notamment par la création d’un fonds de 5 millions d’euros, sous forme de microcrédit confié aux organismes de l’économie sociale et solidaire. Tout comme l’Etat envisage de créer un “fonds de retournement des entreprises” permettant aux entreprises en difficultés de se restructurer par un apport en fonds propres. La structuration passera par les fonds nationaux – déjà connus comme le plan logement outre-mer – pour plusieurs dizaines de millions d’euros et qui concernera le BTP, l’agriculture, le numérique…
2 000 contrats aidés supplémentaires
Au-delà des entreprises, la question sociale et salariale est primordiale. Le plan Pétrel 2 vient upgrader la première mouture dévoilée l’année dernière. Comment ? “Par quatre nouveaux dispositifs supplémentaires”, précise le préfet. Dès 12 000 PEC prévus, 2 000 en plus vont être déployés dans le secteur marchand. “La répartition entre les PEC mis en œuvre dans le secteur marchand et dans le secteur non marchand sera également appelée à évoluer pour répondre de manière la plus fine possible aux impacts de la crise.” Outre la question de l’apprentissage (lire dans notre édition), toujours au rayon emploi, le préfet a rappelé la nécessité pour les entreprises d’éviter les licenciements et de préférer les formations. Pour y parvenir, l’usage du Fonds National de l’Emploi (FNE) va être élargi à l’ensemble des salariés, même en activité partielle. La prise en charge par l’État d’une partie du coût de formation permettra à toutes les entreprises de former plutôt que de licencier, en mobilisant 3,7 millions d’euros.
Un plan de relance en trois axes qui devra être encore peaufiné dans les prochaines semaines, soumis également au calendrier national. Des futures annonces gouvernementales qui devraient arriver au début du mois de juillet et qui auront, sans aucun doute, une déclinaison locale en soutien à l’économie réunionnaise durement touchée par la crise sanitaire.
Julien Delarue
Des partenaires sociaux plutôt satisfaits
Que se soit du côté du patronat ou des salariés, la tonalité a été la même. La volonté de l’Etat de relancer rapidement l’économie a été saluée. “L’Etat fait beaucoup de choses pour éviter la vague des prochains mois”, explique Eric Leung, président de la CPME Réunion. Cette “vague” redoutée se traduirait par le risque d’une défaillance accrue de nombreuses entreprises d’ici le mois de septembre. “Nous sommes assez satisfaits des réponses apportées par l’Etat. Maintenant c’est à nous, opérateurs économiques de jouer chacun notre rôle. L’Etat amène, à nous d’y contribuer.” Du côté de la CPME on prône “l’ingénierie territoriale” pour flécher au mieux les dispositifs déployés dans le cadre de ce plan de relance. Même si certaines mesures demandes n’ont pas encore eu de réponses. “On pourrait voir certaines mesures nationales adaptées à La Réunion.” Pour autant, Les annonces du préfet n’ont pas été jugées “extraordinaires” ou “révolutionnaires”. Un sentiment partagé par le Medef Réunion. “Il n’y a pas eu de grandes annonces. Maintenant, j’attends les déclinaisons opérationnelles. Il faut que tout cela soit déployé avec une certaine célérité”, demande Didier Fauchard. Il faut aller vite. Le préfet l’a compris et les acteurs patronaux sont demandeurs. “On attend les chiffres du chômage de mai. Dans le BTP, certaines entreprises parlent de restructuration et de plan de licenciements”, prévient-il. Du côté des syndicats de salariés, la CFDT attend la mise en place d’un “Observatoire de la reprise” pour anticiper les actions à mener pour les secteurs en difficulté. “Il y a un vrai travail en interne à mener. Nous serons très attentifs à ce qu’il se passe”, commente Jean-Pierre Rivière.
Mais il reste encore beaucoup d’indicateurs à prendre en compte, notamment l’impact de la crise sur la croissance réunionnaise pendant cette année. La mesure du PIB (produit intérieur brut) n’a pas encore été effectuée. Quid de l’impact final sur les chiffres du chômage ? Si tout le monde s’accorde à dire que la remontée risque d’être violente, il faudra sans doute adapter différemment le plan de relance préfectoral pour éviter en plus de la crise économique, une crise sociale qui pourrait être beaucoup plus pénalisante pour La Réunion.
40 millions d’euros supplémentaires pour la commande publique
Afin d’alimenter la relance du BTP, secteur particulièrement touché par la crise sanitaire, la Région Réunion a décidé d’amplifier son rôle de “moteur de la commande publique”, avec une enveloppe dédiée de 140 millions d’euros: “D’ici la fin de l’année l’ensemble des chantiers régionaux auront repris leur activité. Nous débloquons une enveloppe supplémentaire de 40 millions d’euros pour de nouveaux chantiers routiers “, précise Didier Robert, président de la Région. Depuis le début de la crise, la Collectivité régionale a mobilisé une enveloppe de 85 millions d’euros pour soutenir les domaines du BTP, du Tourisme, des TPE ainsi que le secteur culturel pour lequel une enveloppe de 5 millions d’euros est débloquée.
Le Chiffre : 774 millions d’euros
C’est le montant total de prêt garanti par l’Etat qui a été distribué à plus de 5 000 entreprises à La Réunion.
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