« Donald Trump est en train de modifier en profondeur l’organisation du high-tech mondial et son avenir »

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Au siège de TSMC, à Hsinchu, à Taïwan, en août 2018.
Au siège de TSMC, à Hsinchu, à Taïwan, en août 2018. Tyrone Siu / REUTERS

Pertes & profits. Donald Trump n’est pas un geek, c’est un promoteur immobilier. Ce qui intéresse le président des Etats-Unis, c’est la transaction du moment, pas les conjectures sur le futur des technologies. Pourtant, dans la guerre qu’il mène actuellement pour abattre l’équipementier télécoms chinois Huawei, il est en train de modifier en profondeur l’organisation du high-tech mondial et son avenir. C’est le sens de l’avertissement adressé au fabricant taïwanais Taiwan Semiconductor Manufacturing Company (TSMC) de ne plus fournir Huawei en puces haut de gamme qu’il est l’un des seuls au monde à savoir fabriquer.

Si, aujourd’hui, un smartphone est plus puissant qu’un superordinateur des années 1980, c’est grâce à la progression continue de la capacité de calcul des puces électroniques. L’un des fondateurs d’Intel, Gordon Moore, avait constaté que, à prix constant, le nombre de transistors que l’on pouvait insérer sur une puce doublait tous les deux ans. Ce qu’on a appelé la « loi de Moore » se vérifie depuis près de quarante ans. Elle est au fondement de la révolution des micro-ordinateurs, puis, aujourd’hui, des smartphones, et derrière des usines géantes qui gèrent le trafic Internet mondial.

Spécialisation des tâches

Cette loi très empirique a été rendue possible par une organisation mondiale qui a poussé les entreprises à la spécialisation. En 1987, le Sino-Américain Morris Chang fonde TSMC, avec comme objectif de produire des puces pour tous ceux qui le souhaitent. En se concentrant sur la production, il a pu, grâce aux effets d’échelle, déjouer ce que ne dit pas la loi de Moore : chaque génération de puces nécessite une nouvelle usine deux fois plus chère que la précédente. Quelques centaines de millions de dollars dans les années 1990, plus de 10 milliards aujourd’hui.

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TSMC, qui investit 16 milliards de dollars (14,8 milliards d’euros) par an, ne vend rien sous sa propre marque, contrairement à Samsung. Il est donc le plus demandé, d’Apple à Huawei, mais aussi par tous les électroniciens américains comme Qualcomm, Broadcom ou Nvidia, qui ont préféré se concentrer sur la conception.

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Cette spécialisation des tâches au niveau mondial est cruciale dans l’avènement de la société de l’information, qui nous permet à tous de télétravailler en visioconférence. On pensait que la loi de Moore buterait sur les limites physiques de la finesse de gravure des puces, qui se rapproche aujourd’hui de l’épaisseur d’un brin d’ADN. Ce sera peut-être finalement la politique, qui, en limitant la spécialisation des acteurs et la taille de leur marché mondial, et donc la rentabilité d’opérations aussi coûteuses, aura raison de cette période exceptionnelle dans l’histoire mondiale des technologies.

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