« Donald Trump est en rupture avec la tradition de transmission pacifique du pouvoir »

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Tribune. La victoire de Donald Trump aux primaires républicaines de 2016, son élection à la présidence en novembre de la même année, la manière dont il a exercé le pouvoir depuis son investiture en janvier 2017 appellent fréquemment, sous la plume de l’historien, le qualificatif d’« inédit ». Il est difficile, lorsqu’on suit la campagne de 2020, d’échapper à ce lieu commun : à la différence de la crise économique dans laquelle étaient plongés les Etats-Unis de 2008, lors de la première élection de Barack Obama, la crise sanitaire est sans précédent ; les réseaux sociaux n’avaient pas, alors, la même emprise sur les esprits ; la personnalité du quarante-cinquième président, enfin, l’isole de la cohorte pourtant bigarrée de ses prédécesseurs.

A mesure que la tragi-comédie électorale approche de son dénouement, son rythme semble s’accélérer. Les dernières semaines ont été saturées d’événements spectaculaires tels que l’annonce du choix d’Amy Coney Barrett [figure de la droite religieuse] pour siéger à la Cour suprême, le débat télévisé d’une brutalité sans égale entre le président et Joe Biden, le 29 septembre, l’instrumentalisation de la Maison Blanche, patrimoine de tous les Américains, au profit du seul candidat sortant, ou encore la mise en scène, dont on peine à déchiffrer le sens, de la maladie de ce dernier.

« Empereur déchu »

Un autre épisode fait de cette campagne un moment singulier : le refus du président, qui a échappé à la menace d’un impeachment, de s’engager, sans aucune réserve, à céder le pouvoir en cas de défaite le 3 novembre. Qu’il s’agisse de dénoncer l’influence d’une puissance étrangère, de contester, de manière préventive, le décompte des suffrages exprimés, ou d’annoncer, voire de préparer, le chaos de la rue, Trump a laissé entrevoir ce que pourrait être sa stratégie pour tenter de se maintenir à la Maison Blanche pendant une durée indéterminée. S’il n’est pas certain qu’il en ait les moyens, ni qu’il faille prendre ses propos au sérieux, ces derniers n’en signalent pas moins la tentation de rompre avec l’une des traditions les plus précieuses de la vie politique américaine : la transmission pacifique du pouvoir du président sortant à un successeur élu comme lui au suffrage universel.

« En annonçant, en 1796, sa décision de se retirer et de ne pas briguer un troisième mandat, George Washington établit un précédent qui marqua durablement les esprits »

La Constitution, telle qu’elle fut ratifiée en 1788, ne limitait pas le nombre des mandats présidentiels. En annonçant, en 1796, sa décision de se retirer et de ne pas briguer un troisième mandat, George Washington [le premier président des Etats-Unis] établit un précédent qui marqua durablement les esprits au-delà des frontières de son pays – on sait la force du passage des Mémoires d’outre-tombe (1848) dans lequel Chateaubriand brosse un « parallèle de Washington et de Bonaparte », opposant le « magistrat en repos [qui] s’endort sous son toit au milieu des regrets de ses compatriotes » à l’« empereur déchu (…) précipité dans l’exil, où la frayeur de la terre ne le croit pas encore assez emprisonné sous la garde de l’Océan ».

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