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Le premier ministre Narendra Modi n’est pas le seul à être désigné par les manifestations paysannes actuelles comme le grand responsable des malheurs du monde agricole en Inde. Dans les rassemblements de ces derniers jours, deux autres noms ont surgi, ceux des milliardaires Mukesh Ambani et Gautam Adani, dont les effigies ont été brûlées en place publique. « Ce sont les deux plus gros patrons de l’agroalimentaire, ils sont aussi les plus visibles et les plus symboliques », explique Palagummi Sainath, fondateur du portail People’s Archive of Rural India (« les archives populaires de l’Inde rurale »).
Selon cet expert, la réforme adoptée cet été par le gouvernement Modi, dont les agriculteurs réclament le retrait, « a été écrite par ces gens-là, au travers des think tanks qui leur sont entièrement dévoués ». Les trois textes votés au parlement le 20 septembre et promulgués sept jours plus tard « relèvent du libéralisme le plus débridé », dit-il. « Dans la continuité des politiques menées par les gouvernements précédents, ils démantèlent le système des prix minimaux garantis qui protégeaient les petits exploitants depuis la révolution verte des années 1960, pour offrir une voie royale aux entreprises privées de l’agroalimentaire. »
Les paysans indiens sont désormais libres de vendre leurs récoltes où ils veulent et à qui ils veulent, sans prix planchers et sans passer par les mandis, les marchés régulés dont étaient dotés la plupart des vingt-huit Etats fédérés pour éviter l’exploitation abusive des producteurs par les distributeurs. Que pèsera maintenant un petit cultivateur disposant de moins de 2 acres de terre (0,8 hectare), comme c’est le cas de près de neuf paysans sur dix, lorsqu’il devra négocier sans intermédiaire avec un géant coté en Bourse ?
« De la ferme à la fourchette »
Réputés proches du premier ministre nationaliste, les hommes d’affaires Ambani et Adani sont à la tête de fortunes colossales, 63 milliards d’euros et 23 milliards d’euros respectivement, d’après le magazine Forbes. Ils dirigent des conglomérats familiaux qui se sont diversifiés ces dernières années dans l’agroalimentaire à grande échelle.
Le groupe Reliance Industries de la famille Ambani (73,8 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2019), un géant de la grande distribution dans le sous-continent, est en train de mettre sur pied une énorme plate-forme de commerce électronique, Jio, destinée à mettre en contact les millions d’épiceries du pays avec le consommateur final. Au mois de juillet, il a lancé JioKrishi, une application associée à la messagerie WhatsApp qui va plus loin, en pratiquant la vente directe « de la ferme à la fourchette », en moins de douze heures. D’après la presse indienne, cet outil de nouvelle génération s’approvisionnerait déjà très majoritairement en fruits et légumes auprès des exploitations, sans passer par aucun négociant ou commerçant.
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