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Dans son discours d’investiture, le 20 janvier 2017, Donald Trump dénonçait « le crime, les gangs et les drogues qui ont volé trop de vies » dans les villes américaines, avant de déclarer, « ce carnage américain s’arrête ici et maintenant. » Mais le président américain n’est pas venu à bout du « carnage ». Loin s’en faut. Le mois d’août s’est terminé comme il avait commencé : sept personnes ont été tuées, samedi 31 août, lors d’une fusillade entre les villes de Midland et d’Odessa, dans l’ouest du Texas. Le 4 août à Dayton, dans l’Ohio, un homme tuait neuf personnes. La veille, à El Paso au Texas, un attentat raciste visant la communauté latino faisait 22 morts.
Selon les données du Gun Violence Archive (GVA), un organisme qui analyse le phénomène des fusillades de masse aux Etats-Unis [tout incident au cours duquel au moins quatre personnes ont été tuées, sans compter le tireur], au 1er septembre – le 244e jour de l’année –, il y avait eu 284 fusillades de masse depuis le début de l’année.
Including the mass shooting in Midland, Texas (5 killed & 21 injured), there were six U.S. mass shootings today — b… https://t.co/Xh5VQZXchW
Rien ne semble enrayer ce mortel engrenage de massacres. Certainement pas les « pensées et les prières » du président Donald Trump, pas plus que la manifestation historique de Washington au cours de laquelle plus d’un million d’Américains ont défilé, le 24 mars 2018, pour réclamer des restrictions à l’achat d’armes à feu, quelques semaines après la tuerie de Parkland, qui avait fait 17 morts.
Des photos pour un électrochoc
Début 2019, face aux atermoiements des élus américains, Kaylee Tyner, 17 ans, et d’autres étudiantes du lycée de Columbine, dans le Colorado, hantées par la fusillade survenue vingt ans plus tôt, ont décidé de s’engager à leur tour pour réclamer un encadrement des ventes d’armes. En février, elles ont lancé une campagne autour d’un mot-clé #mylastshot (« ma dernière photo »), accompagnés d’un compte Twitter, d’une page Facebook, d’un compte Instagram et un site Web.
L’idée de ces jeunes, nées avec les réseaux sociaux, est simple : il faut choquer l’opinion, en diffusant des images dures, pour provoquer un sursaut. Elles appellent à se procurer un autocollant, à le mettre sur son permis de conduire ou sur la coque de son téléphone, sur cet lequel est écrit : « Au cas où je mourrais dans une fusillade, s’il vous plaît, publiez la photo de mon corps. #MyLastShot. »
« Le progrès ne se fait pas par la censure », écrivent ces étudiants, accusant les médias, d’occulter la réalité des fusillades, par respect pour les familles et pour le public. Cette réalité, « ce sont des fragments d’os, des blessures par balle mesurant 3-inches [7,62 cm], des uniformes ensanglantés ».
When it comes to gun violence ignorance isn’t bliss. So whatever you do, don’t look away.” #MyLastShot… https://t.co/eCisw30mBQ
« En dépit de tous les meurtres, il est frappant de constater à quel point les Américains ont peu été témoins de la violence », constatait Slate en février 2018 :
« On nous en montre les conséquences [de ces fusillades] et parfois, comme à Parkland, nous voyons des victimes se cacher ou essayer de s’échapper. Mais nous ne voyons pas ce que les balles font réellement. Nous ne voyons pas les corps froissés ni les couloirs ensanglantés, la mutilation qui se produit quand une balle de moyen calibre quitte un fusil puissant et frappe une personne vivante, déchirant la chair, détruisant des os et la laissant morte ou gravement blessée. Pour le public, les fusillades de masse sont sans effusion de sang. Cela pourrait faire partie du problème. »
Dans une vidéo, les étudiantes de Columbine rappellent qu’il arrive qu’une photo provoque un électrochoc dans l’opinion publique. Elles soulignent que le cliché du corps massacré d’Emmett Till, en 1955, a été l’un des principaux événements à l’origine de la création du mouvement des droits civiques, qui a abouti à l’abolition de la ségrégation raciale. La diffusion du cliché de David Jackson a bouleversé l’Amérique et fait prendre conscience de la brutalité et de l’horreur du racisme aux Etats-Unis.
Elles citent aussi l’exemple de la photographie de « la petite fille au napalm », qui a suffi à dire l’horreur de la guerre du Vietnam, ou, en 2015, celle d’Alan Kurdi, que la presse a décidé de publier pour « ouvrir les yeux » sur la question des réfugiés.
Le précédent de corps mutilés et des salles d’opérations
Après l’attentat El Paso et Dayton, le mouvement #mylastshot a connu un regain d’intérêt, notamment lorsque l’éphémère candidat à l’investiture démocrate, Eric Swalwell, a envoyé un tweet faisant écho à cette campagne : « Une lycéenne m’a montré cet autocollant sur son téléphone. Je ne suis pas là pour tenir tête à la NRA, je suis là pour les faire sortir du ring. #EndGunViolence ».
“In the event that I die from gun violence please publicize the photo of my death. #MyLastShot”
A high schooler sh… https://t.co/7eiGpLvuin
Kaylee Tyner et ses copines ne sont pas les seules à miser sur les images chocs pour faire changer l’Amérique. En octobre 2018, le quinzomadaire New York Magazine avait publié des photos montrant les conséquences de ces fusillades de masse, montrant les corps mutilés de blessées. A l’automne 2018, des médecins urgentistes ont rejoint le mouvement pour demander un encadrement des ventes d’armes, en publiant des photos des salles d’opération où sont traitées des victimes, le tout accompagné du mot-clé #ThisisMyLane. La NRA leur a demandé de « se mêler de leurs affaires ».
Massive transfusion protocol, thoracotomy, intracardiac epinephrine. Resuscitation difficult, but even harder was t… https://t.co/DIxVsviSkm
Concernant la campagne #mylastshot, reste à savoir si, dans le cas où un jeune ayant collé un tel autocollant était tué dans une fusillade, les médias seraient prêts à diffuser l’image de son cadavre. Le Huffington Post et NPR ont par exemple rappelé que la décision de publier telle ou telle photographie était toujours prise au cas par cas.
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