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La voix d’Ahmed Zaaneen se fait pressante à l’autre bout de la ligne qui grésille depuis Beit Hanoun, dans la bande de Gaza. « Chaque minute compte », assure le Palestinien de 36 ans. Une tumeur au cerveau a été diagnostiquée à sa fille de 14 ans, Hiba.
« Le docteur nous a expliqué que ce genre d’opération n’était pas possible ici, raconte le père. Sa vie est en danger. » La famille a reçu l’accord d’un hôpital palestinien de Jérusalem-Est, à une heure et demie de voiture de là, pour qu’Hiba y soit opérée. Rendez-vous était pris pour le 18 juin. Mais l’adolescente n’a pas pu sortir à temps de la bande de Gaza, sous blocus israélien depuis plus de treize ans.
Les patients ont besoin d’un permis pour aller se faire soigner hors de l’enclave, de précieux sésames qu’Israël accorde au compte-gouttes, après de nombreuses vérifications. Depuis la fin du mois de mai, quasiment plus aucune autorisation n’est délivrée. L’Autorité palestinienne, qui transmet les demandes à l’Etat hébreu, a suspendu la plupart de ses accords de coopération avec Israël pour protester contre le projet d’annexion d’une partie de la Cisjordanie occupée, dès juillet.
Il a fallu l’intervention de l’hôpital pour qu’Hiba obtienne finalement un permis pour se rendre à Jérusalem-Est. L’état de l’adolescente s’est entre-temps dégradé ; elle va devoir subir deux opérations.
Omar Yaghi, lui, n’a pas pu être opéré. Le 18 juin, ce bébé de 8 mois est décédé d’une malformation cardiaque à Gaza. Son permis pour être soigné en Israël avait été retardé d’un mois après la suspension de la coordination entre l’Autorité palestinienne et l’Etat hébreu, selon l’ONG israélienne Physicians for Human Rights (PHR)-Israel.
« Notre peuple souffre »
Ran Goldstein, son directeur exécutif, estime qu’« il pourrait y avoir des centaines de patients » en attente d’un permis dans l’enclave palestinienne.
Avant la pandémie du Covid-19, environ 2 000 malades palestiniens sortaient chaque mois de la bande de Gaza pour se faire soigner, selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS). En Cisjordanie, les malades peuvent solliciter un permis directement auprès des Israéliens, en se rendant à l’administration civile ou par le biais d’une application mobile. Cela n’est pas possible dans la bande de Gaza. Depuis fin mai, quelques ONG et certains hôpitaux tentent d’aider des cas individuels. « Mais cela représente un tout petit nombre de patients », signale Gerald Rockenschaub, directeur de l’OMS dans les territoires palestiniens.
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