« De manière inattendue, la pandémie a ressuscité la cause de l’Etat de droit »

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Le premier ministre hongrois, Viktor Orban, et la présidente de la commission européenne, Ursula von der Leyen, à Bruxelles, le 24 septembre.

Dans le jargon bruxellois, on les appelle le « V4 » et à eux quatre, ces « trois mousquetaires » racontent toute l’histoire de l’Europe du siècle écoulé, ses déchirements, ses redécoupages, le fascisme, le stalinisme, la guerre, les révolutions de 1989, l’élargissement de l’Union européenne (UE), jusqu’à la crise liée au Covid-19.

Le V4, ce sont quatre pays d’Europe centrale réunis dans le groupe de Visegrad, la Pologne, la Hongrie, la République tchèque et la Slovaquie – qui n’étaient qu’une, la Tchécoslovaquie, jusqu’à 1992. Ils ont en commun la malchance d’avoir été attribués à l’empire soviétique en 1945, puis le courage de s’en être libérés en 1989. Unir leurs forces dans ce groupe de Visegrad leur a permis de pousser la cause de leur adhésion à l’Union européenne, acquise en 2004. Depuis, ils ont fait du V4 un instrument de coopération régionale.

Mais pas seulement. Au pouvoir depuis dix ans en Hongrie, Viktor Orban et, depuis 2015, le Polonais Jaroslaw Kaczynski ont imprimé une image moins glorieuse au V4, celle d’un groupe de pays en dissidence sur les valeurs d’ouverture de l’Europe occidentale, dont les sociétés ont évolué différemment. Ensemble, ils ont réussi à bloquer les velléités de répartition des réfugiés au sein de l’UE en 2015.

Cette belle unité est en train de se fracasser sur la question de l’Etat de droit. Comme un sparadrap impossible à décoller, le sujet empoisonne l’UE ; les tentatives de Bruxelles pour faire renoncer Hongrie et Pologne à des réformes judiciaires et un contrôle des médias très contestés n’ont eu que très peu d’effets. Mal outillée, l’UE pataugeait entre crispations, menaces et compromis, jusqu’à ce que le Covid-19 arrive. Et que, de manière inattendue, la pandémie ressuscite la cause de l’Etat de droit.

Faire plier les gouvernements récalcitrants

Pourquoi ? Parce que, par son ambition et par sa taille, le plan de relance européen pose crûment la question de la conditionnalité : jusqu’à quel point les Etats membres peuvent-ils revendiquer leur part d’un fonds commun s’ils ne respectent pas les règles communes ? Le Covid offre aux défenseurs de l’Etat de droit, notamment au Parlement européen, une occasion inespérée. Le voilà enfin, l’instrument qui manquait pour faire plier les gouvernements récalcitrants !

Budapest et Varsovie crient à l’abus de pouvoir et menacent de bloquer la mise en œuvre du plan de relance. A Bratislava le 8 octobre, le chef de la diplomatie hongroise, Peter Szijjarto, invité au Forum Globsec, n’a pas eu de mots assez durs pour dénoncer « l’approche inacceptable » qui consiste, selon lui, à présenter le plan de relance comme « un geste de générosité ». « Cet argent est en partie à nous, a-t-il martelé. Nous n’avons pas de problème avec la règle de droit, nous avons un problème avec la règle du chantage ! » Cette semaine, c’est M. Kaczynski, aujourd’hui vice-premier ministre, qui accuse l’UE de « terroriser » la Pologne (destinataire de 23 milliards d’euros au titre du plan de relance) par ce « chantage à l’argent ». Varsovie, a-t-il promis, opposera son veto à toute tentative « d’extorsion ».

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