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LETTRE DE BUENOS AIRES
Il est 18 h 01 à Palermo, quartier cossu de Buenos Aires. Une femme sort sur son balcon et commence à frapper une casserole avec une cuillère en bois, brisant le silence d’un après-midi morne dans une capitale confinée depuis déjà dix jours. Une autre la rejoint, à quelques balcons de là, puis une autre, debout dans un joli patio arboré.
« Ni una menos ! », crie une voix puissante, au loin. « Pas une de moins », en espagnol ; autrement dit : pas une femme de plus tuée par la violence machiste, un écho au mouvement féministe du même nom né en 2015 en Argentine et qui s’est rapidement étendu au reste de l’Amérique latine.
Ce lundi 30 mars, plusieurs associations féministes avaient appelé les habitants à participer à ce « ruidazo », concert de casseroles contre les violences faites aux femmes.
Selon l’observatoire des violences de genre Ahora que si nos ven (Maintenant que vous nous voyez), au moins six femmes et petites filles ont été retrouvées mortes depuis le début du confinement obligatoire pour tout le pays, le 20 mars. Sur les trois premiers mois de l’année, 86 féminicides ont été commis en Argentine. Les associations craignent que ce chiffre explose, alors que de nombreuses victimes de violences se trouvent actuellement enfermées avec leur agresseur.
« La quarantaine oui, la violence non ! » Avec ce message, inscrit sur des pancartes et publié sur les réseaux sociaux, de nombreuses Argentines attirent l’attention sur la multiplication des risques pour les victimes de violences machistes en temps de confinement. Les récents féminicides commis dans le pays, largement relayés par la presse locale, ont profondément choqué les Argentins, à l’image du double meurtre d’une femme et de sa fille de 7 ans, poignardées par le compagnon de la mère, en banlieue de Buenos Aires, peu après le début du confinement.
Les femmes, premières victimes de la crise
Initialement prévu jusqu’au 31 mars, le confinement obligatoire de la population de l’Argentine – 44 millions d’habitants – a été prolongé jusqu’au 13 avril. Le pays ne compte pas encore beaucoup malades affectés par l’épidémie de Covid-19 en comparaison avec ceux du Vieux Continent – soit 1 265 cas confirmés au 2 avril, dont 36 mortels –, mais son président, Alberto Fernandez, au pouvoir depuis décembre 2019, a mis en place des mesures drastiques pour freiner l’épidémie.
Dans un pays qui traverse une grave crise depuis 2018 et qui compte près de 40 % de pauvres, le coronavirus risque de fragiliser davantage une économie déjà mal en point.
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