Dans le Kelbadjar, la bataille se déplace autour des monuments chrétiens

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Publié aujourd’hui à 14h00

« Merci aux frères russes, c’est grâce à nos frères russes que nous sommes en sécurité et que nous avons gardé le monastère. » L’archimandrite Gabriel, 44 ans, ne manque pas une occasion de répéter cette antienne. Cet homme à la voix douce, à l’esprit vif et aux gestes harmonieux est un diplomate aguerri. C’est à lui que le clergé a confié le sort très incertain de Dadivank, un monastère véritable îlot arménien en terre azerbaïdjanaise. Une cuisante défaite militaire a contraint les Arméniens séparatistes du Haut-Karabakh à rendre à l’Azerbaïdjan plusieurs districts lors de l’accord tripartite du 9 novembre, dont le Kelbadjar, où se situe le monastère, l’un des principaux symboles du patrimoine arménien, construit à flanc de montagne entre les IXe et XIIIe siècles.

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L'archimandrite Gabriel au monastère de Dadivank, le 21 décembre 2020. A droite, deux soldats russes.
Un poste de garde installé dans le monastère.

Du fait de l’animosité entre les deux peuples, toute la population arménienne du Kelbadjar a fui avant le 25 novembre, date du transfert de la province à Bakou. Pour ne pas être accusée d’opprimer les chrétiens, l’Azerbaïdjan, à majorité musulmane, a autorisé les forces russes de maintien de la paix à se déployer autour du monastère, comme elles l’ont fait autour de l’enclave du Haut-Karabakh voisin, où des Arméniens sont restés. Plusieurs blindés portant l’étendard russe contrôlent la route menant à Dadivank. Des postes recouverts de filets de camouflage, d’où dépassent de hautes antennes, donnent l’impression de protéger un objectif militaire majeur. Prévenus de cette rare visite, à la fin décembre, les soldats russes se montrent hospitaliers, mais ne lâchent pas leurs kalachnikovs. L’un d’eux filme discrètement les visiteurs, sans doute pour se prémunir en cas d’incident.

« Il n’y a eu aucun incident depuis que je suis arrivé, il y a un mois. C’est un lieu historique, et tout le monde en est conscient », l’archimandrite Gabriel

En contrebas, les militaires azerbaïdjanais occupent le village, qui fut pendant trois décennies habité par les paroissiens du monastère. « Il n’y a eu aucun incident depuis que je suis arrivé, il y a un mois. Il n’y a aucun risque que le monastère soit détruit par les hommes. C’est un lieu historique, et tout le monde en est conscient », rassure l’archimandrite, reprenant son antienne sur les « frères russes ». L’ecclésiastique arménien marche sur des œufs ; Bakou conçoit la situation actuelle comme transitoire.

La ville de Kelbajar, le 21 décembre. Cette zone appartenait il y a peu aux arméniens. Avant de partir, ils ont parfois brûlé leurs maisons et récupéré les toits. Les soldats azerbaïdjanais y ont maintenant installé une base militaire.

Implications cultuelles

Les officiels azerbaïdjanais, pour qui le monastère s’appelle « Khoudaveng », ont un plan pour en déloger pacifiquement les Arméniens. Selon Bakou, cet ensemble, tout comme trois cents autres lieux saints chrétiens du Haut-Karabakh, constitue les vestiges d’un royaume antique éteint au VIIe siècle : celui de l’Albanie du Caucase (sans rapport avec l’Albanie des Balkans). Selon cette théorie, les Arméniens auraient été massivement déplacés à partir du XVIIIe siècle par l’Empire russe vers les territoires actuels de l’Arménie et du Haut-Karabakh pour bloquer les incursions ottomanes. Les Arméniens en auraient « profité pour s’approprier l’héritage albanais, asseyant leur prétendue antériorité historique à travers une vaste entreprise de falsification de documents et d’altération de monuments albanais », explique Fouad Akhoundov, responsable des médias étrangers au sein de l’administration présidentielle azerbaïdjanaise et historien.

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