dans le bidonville indien de Dharavi, l’impossible distanciation sociale

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Des soignants viennent vérifier la température des habitants du bidonville de Dharavi, le 13 avril à Bombay.
Des soignants viennent vérifier la température des habitants du bidonville de Dharavi, le 13 avril à Bombay. Rafiq Maqbool / AP

En Inde, c’est désormais un fait, l’épidémie due au coronavirus a établi son épicentre dans la ville grouillante de Bombay. Située sur la mer d’Arabie, la capitale économique du sous-continent, 21 millions d’habitants, compte 1 500 cas dépistés et déplore 100 morts, tandis que le bilan national s’établissait, mercredi 15 avril au matin, à plus de 11 000 contaminations et 377 morts.

La situation commence pourtant à devenir critique dans les bidonvilles, où vivent 7 habitants de l’agglomération sur 10, et en particulier à Dharavi, une étendue de 240 hectares où s’agglutinent des logements insalubres par dizaines de milliers et où sont repérés la très grande majorité des cas. Lors du recensement de 2011, il avait été établi que 850 000 personnes vivaient dans ce slum, entassées les unes sur les autres.

Aujourd’hui, certains estiment que les indigents y sont un million et demi, avec moins de 2 m2 par tête. Encore pire que ce qu’avait montré le film de Danny Boyle, Slumdog Millionaire, tourné ici en 2008. A l’époque, les habitants de Dharavi n’avaient pas du tout apprécié la façon dont cette fiction décrivait leur quotidien miséreux. Avec l’arrivée du « virus chinois », comme beaucoup d’Indiens continuent d’appeler le coronavirus, le slum est désormais en survie.

Promiscuité élevée

Impossible de respecter le confinement instauré le 25 mars, tant la promiscuité est élevée. Joint par téléphone, Suresh explique que la consigne de distanciation sociale fait doucement rigoler : « On estime que 90 % des gens utilisent les latrines publiques, vous imaginez ? » Ce père de famille de 43 ans loge avec sa femme, ses deux fils et son propre frère dans une pièce de 13 m2, à proximité du carrefour où se croisent les deux grandes artères de Dharavi.

« La plupart de mes voisins vivaient avec un salaire à la journée, ils ont perdu leur boulot et crèvent de faim. Ils sont bien obligés de sortir de chez eux et de plonger dans la foule pour aller aux toilettes et faire la queue aux distributions de nourriture organisées par les ONG », raconte Suresh, qui s’avoue chanceux à titre personnel : l’entreprise où il occupait un emploi de chauffeur continue pour l’instant de le payer.

Dans le bidonville de Dharavi, le 9 avril à Bombay.
Dans le bidonville de Dharavi, le 9 avril à Bombay. Rafiq Maqbool / AP

Le ravitaillement n’en demeure pas moins un parcours du combattant. Les épiceries n’ouvrent plus qu’entre 10 heures et midi, leur accès est barré par des fils de Nylon tendus entre deux poteaux, et leurs étagères sont de plus en plus vides. Suresh dit mettre « plus de dix minutes à parcourir les 500 mètres qui [le] séparent du premier magasin ouvert », tant il y a de monde dehors. Pour avoir une chance d’obtenir ne serait-ce qu’un kilo de riz et de dahl (lentilles), il faut passer commande par téléphone et attendre que l’échoppe rappelle pour aller chercher les denrées.

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