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POESIE . On pouvait compter sur lui pour abonder ce rayon du livre péï célébré aujourd’hui. Avec la complicité de l’UDIR, Patrice Treuthardt publie un nouveau recueil illustré par la calligraphie de Nadia Akhoun pour faire voyager le lecteur dans son kabar d’expressions d’ici ou d’ailleurs où vogue, sinon ses pas, son coeur. Entretien.
C’est votre sang de Portois au regard marin prêt à embarquer pour des rivages lointains qui justifie cet intitulé ?
Patrice Treuthardt. C’est l’idée qui m’a toujours incité à mêler les mots d’où quels viennent et ou qu’ils nous emportent, mais ce titre c’est celui que m’a donné un jour à l’ancien Entrepôt où j’avais mes quartiers à Saint-Denis, pour lire et déjeuner, une petite fille qui s’est adressé à moi en m’appelant « capitaine des mots ». Un souvenir qui m’accompagne et qui sonne bien avec ce petit bouquin que m’a demandé d’écrire Jean François Samlong en me disant « écris-le sans motif ni thème particulier, juste pour te faire plaisir « . C’est ce que j’ai fait !
Rien que des textes nouveaux ?
Pas que. Si d’entrée de jeu (de mots, c’est bien de ça dont il est question dans ces pages ! ) j’ai rédigé le délire de ce qui me tient à coeur , me fait rire et plaisir, en hommage au verbe qui fleurit dans le monde entier via les livres que l’on lit et que l’on s’approprie, ici, entre créole et français, nos deux langues de vie, j’ai voulu aussi profiter de l’occasion pour redire aux gens que j’aime combien je les aime, en reprenant une partie des dédicaces que j’ai pu faire avant à des artistes comme l’ écrivain Edouard Maunick, le saltimbanque Baguet’, le maloyer ZanMari Baré, l’auteur Boris Gamaleya, le plasticien Antoine Merveilleux du Vignaux, le fin lettré Carpanin, le musicien Alix Poulot …. Et bien d’autres. C’est si rare, dans un pays où la moucate jaillit toujours en premier, de faire des compliments ! Alors j’ai occupé l’espace en jouant sur les rimes qu’ils m’ont inspiré. Comme Bague’t dont le nom s’acoquine si bien aux marionnettes, à la fête, au basket…..
On arrête ! Je vois bien que vous êtes parti pour me faire un kabar qui va nous faire veiller tard et perdre le fil de ….…ce collier de mots perlés ! C’est vrai, je suis tenté ! A dire vrai ça danse toujours dans ma tête et je garde à ma porté des lettres, des livres, des photos qui activent cette sarabande de mots. Tenez ce petit billet (que m’a adressé, longtemps, ma grande soeur en écriture, Danielle Moussa) glissé dans le carnet qui ne me quitte jamais … Il est de Boris Vian et il dit « Je me demande si je ne suis pas en train de jouer avec les mots. Et si les mots étaient faits pour ça ?». Je suis d’avis que la réponse est « oui » ! (rires)
Et vous ne vous en privez pas dans cet ouvrage comme dans les kabars avec vos dalons de « lantouraz pintades » en convoquant des sirandanes ?
J’aime bien orchestrer une joute oratoire en opposant aussi sur chaque page que j’écris, une devinette péï, un bon mot, comme une ritournelle en écho, qui montre que si j’écris en français il y a toujours le répondant créole, deux langues qui font la richesse de la Réunion. Je les aime également et leurs mots m’enchantent à tout moment !
Quels mots sont vos préférés ?
Difficile de choisir… En créole ? Je dirais « gayar » ! Un mot de l’univers marin qui a bercé mon regard d’enfant. Chez nous, on y voit du savoir-faire, du génie, de l’esprit ! Un jour où je devais intervenir dans une classe d’ école, les marmailles étaient déjà installés quand je suis arrivé et j’en ai entendu un déclarer « il est en retard Monsieur Gayar ! ». Je ne suis pas le seul à jouer avec les mots depuis tout petit ! Ce sont eux qui nous font voyager, qui aèrent nos pensées et nous font
partir pour d’autres contrées, même en restant là, quand on lit.
Et les vrais voyages, vous n’en êtes pas trop privés ?
Cette année si, mais d’ordinaire je pars au moins en Inde une fois par an pour me ressourcer . Le voyage est aussi une mine qui permet de découvrir d’où viennent les mots que nous prononçons, que nous lisons… En créole par exemple aller vérifier sur place que l’arabe nous a donné le mot azar, le malgache le mot misouk, le javanais le mot jamalak, le swahili le mot kaniki, le mozambicain le mot kayanm, l’indien le kaloubadia etc. c’est vraiment…gayar !
Un autre mot essentiel pour vous, en français cette fois ?
« Reconnaissance », c’est l’héritage que m’a laissé mon papa et qui me rend fidèle à ce que je suis, aux autres . J’ai envie de glisser encore un troisième mot dans cette conversation, « maloya » capital pour moi. C’est le titre de mon premier poème, quand j’avais 17 ans, en écoutant Firmin Viry chanter ces trois syllabes données par nos anciens lettrés. D’ailleurs, même quand j’écris en français le maloya est là dans le rythme des mots, les assonances, les allitérations…
Le capitaine est bavard … Dans ce livre, comme dans la vie mais on ne s’en plaint pas !
J’ai pris Samlong au mot quand il m’adit de me faire plaisir et j’ai utilisé mon « bavardage », pour partager mon fon’ker, encore un mot qui en dit long !
Propos recueillis par Marine Dusigne
*Le Capitaine des mots, de Patrice Treuthardt, édité par L’Udir,116 pages, 15 euros.
*L’auteur pourra poursuivre ses bavardages et confidences pour les lecteurs qui le rejoindront cet après midi à 14h chez Autrement à Saint-Denis pour la farandole des dédicaces du Livre Péï.
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