[Culture & Loisirs] Documentaire L’éveil péi : “Ecologie et économie sont compatibles”

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En novembre 2019, un an après le mouvement des Gilets Jaunes, Vincent Labbe réalisait l’Eveil péi, un documentaire sur les initiatives réunionnaises en faveur de l’environnement. Six mois plus tard, alors que le monde traverse une crise sans précédent, ce film rappelle qu’il est possible de consommer autrement à La Réunion, et de réduire l’impact de l’homme sur la nature

Tout au long du documentaire L’éveil péi, le jeune Nathan découvre avec curiosité plusieurs initiatives locales qui contribuent à créer une Réunion plus respectueuse de l’environnement. Il entraîne avec lui le spectateur et, ensemble, ils voyagent aux quatre coins de l’île et vont à la rencontre de ces hommes et femmes qui agissent pour préserver le département et plus globalement la planète. “Je suis arrivé à La Réunion en 2018. Je connaissais peu l’île et je voulais la visiter sous un angle écoresponsable. J’ai rencontré beaucoup de gens qui avaient des projets variés, mais j’ai aussi remarqué qu’ils manquaient de visibilité. C’est pour cela que j’ai voulu faire ce documentaire”, explique Vincent Labbe, le réalisateur. Divisé en plusieurs parties, l’Eveil péi aborde différentes thématiques comme nos modes de consommation, l’agriculture ou encore l’autonomie énergétique. Des questions qui ont été soulevées au moment de la crise des Gilets Jaunes, en 2018, et qui ont été remises au goût du jour durant la pandémie. “Ces deux crises, l’une sociale et l’autre sanitaire, ont montré à quel point on était ultra dépendant”, commente le réalisateur. Six mois après la première diffusion de l’Eveil péi, le virus ainsi que le confinement ont davantage mis en lumière les limites de notre modèle de société. « Dès qu’il y a un petit grain de sable dans le rouage, toute la machine mondiale est bloquée. C’est pour cela qu’il faut revenir au local », ajoute Vincent Labbe.

Pendant deux mois, la population a été contrainte de changer ses habitudes de consommation et s’est tournée vers les producteurs locaux. Les circuits courts ont explosé et de nombreuses initiatives ont vu le jour pour favoriser la vente directe, comme les plateformes numériques “Noutmarché” ou “Fruits et légumes de la Réunion”. “En ce moment on parle beaucoup du monde d’après. Je fais partie de ceux qui pensent qu’il faut utiliser ce moment pour réfléchir à un monde plus responsable, et s’éloigner de la consommation de masse. Avant, on disait que ce n’était pas possible économiquement. Avec cette crise, on a vu que ça l’était. Certes, l’Etat a beaucoup subventionné et il ne peut pas supporter tout cela seul. Mais le citoyen a une carte bleue qu’il peut utiliser comme un bulletin de vote, en consommant local. C’est faisable de changer de mode de vie du jour au lendemain. C’est le moment !”, insiste Vincent Labbe avant d’ajouter “économie et écologie sont compatibles, j’en suis certain”. Ce point, il l’aborde dans son documentaire en donnant la parole aux associations comme Ekopratik ou l’ADRIE (Association pour le Développement des Ressourceries, l’Insertion et l’Environnement), mais aussi au fondateur du tricycle Wello, qui grâce à un partenariat avec l’ALIE (association locale pour l’insertion et l’emploi) embauche des personnes éloignées de l’emploi. « À mon sens, il y a énormément d’exemples pour lesquelles économie et écologie fonctionnent. Pour d’autres comme le bio, c’est moins évident. Mais déjà, si ceux qui le peuvent financièrement sautaient le pas, le changement serait phénoménal », souligne-t-il.

Mais, même si on a vu pendant le confinement que sans l’activité humaine la planète respirait mieux, le combat écologique est loin d’être gagné. Pour preuve, les industries du plastique sont revenues en force avec la crise. Les bouteilles, le suremballage, les barquettes, les gants et autres ont été privilégiés par les consommateurs, par peur du virus. Le lobby des transformateurs européens de plastique, l’European Plastics Converters (EuPC), a d’ailleurs voulu profiter de cet effet d’aubaine pour repousser l’interdiction de certains plastiques à usage unique votée par le Parlement européen, et lever toutes les interdictions déjà à l’œuvre. Mais l’Europe a refusé. « C’est vrai que des entreprises commençaient à s’orienter vers d’autres solutions se sont engouffrées dans la brèche et ont continué avec le plastique », observe Vincent Labbe. « Mais ça ne fait que repousser l’inévitable. Ça reste un matériau produit à l’autre bout de la planète à partir d’une énergie fossile qui est épuisable ». L’énergie, un thème sur lequel le réalisateur insiste et qui, selon lui, n’est pas suffisamment connu du grand public. « On en consomme beaucoup”, appuie-t-il. C’est justement pour aborder toutes ces questions et soulever le débat qu’il diffuse son documentaire dans les collèges et lycées. Informer et transmettre pour éveiller les jeunes esprits.


« Pendant le confinement, il y a eu une explosion de commandes », raconte Frédéric, responsable de la Ruche qui dit oui dans le Bas de la Rivière à Saint-Denis. « On était au maximum, on s’arrêtait quand tout était épuisé », ajoute-t-il. Cela correspond à 250 paniers par semaine, contenant les produits d’une trentaine de producteurs locaux. La Ruche qui dit oui est un système de vente directe qui est implanté depuis plusieurs années dans l’île. Le principe est simple : chaque semaine le réseau propose des paniers composés de fruits et légumes de saison, mais aussi d’autres produits alimentaires ou d’artisanat. Le consommateur réserve et récupère sa commande à un point de collecte. Avec le confinement et la fermeture des marchés, il était plus difficile de s’approvisionner. Beaucoup de clients ont ainsi découvert la Ruche. La majorité a depuis renoué avec ses habitudes de consommation après le déconfinement, mais une petite partie est restée. « La crise a permis une prise de conscience plus globale de l’intérêt des circuits courts. Un système pour lequel je milite depuis longtemps », ajoute Frédéric. Pour lui, il est nécessaire de ne pas dépendre « des échanges commerciaux mondiaux pour quelque chose de vital comme l’alimentation ». Le responsable a vu émerger de nombreuses initiatives, comme les plateformes numériques ou les micro-marchés, aux mois de mars, avril et mai, mais préfère attendre avant de se réjouir. « On a répondu à un besoin dans l’urgence. L’avenir nous dira si ça tient sur le long terme. Il faut une vraie volonté pour se lancer dans le circuit court ». En effet, les freins restent encore importants. Le système actuel, fait qu’il est plus simple et moins contraignant pour un producteur de vendre à une coopérative. « Quand on est au champs, on ne peut pas être au marché en même temps », précise Frédéric. Selon lui, pour développer la vente directe, il faudrait aider les producteurs et favoriser l’embauche pour qu’ils puissent cultiver et commercialiser leurs produits. Organiser des petits marchés plus fréquemment pourrait également contribuer à l’essor du circuit court. Pour l’adhérent de la Ruche, ce système présente un avantage écologique mais surtout sociétal : « On recrée du lien social autour de l’alimentation. C’est pour cela que je fais ça. Il y a un échange avec les producteurs et on se reconnecte avec ses voisins, sa communauté ».

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clicanoo

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