Comment un riche Libanais passe par la France pour récupérer ses millions de dollars

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Ce fut l’un des derniers jours de calme avant la tempête. Ce vendredi 4 octobre 2019, l’économie libanaise ne s’est pas encore effondrée, la révolte populaire n’a pas encore grondé et Nabih Nasser croit encore posséder 20 millions de dollars (16,8 millions d’euros au cours actuel) sur son compte de la Société générale de banque au Liban (SGBL).

Le jeune Beyrouthin, né en 1993 en Bulgarie, a largement bénéficié de la fortune de ses parents. Agé d’à peine 26 ans, il est déjà l’un des dirigeants de la Nasco Polymers & Chemicals, l’entreprise de son père. Il est aussi le directeur du club de football Bourj FC, aussi détenu par son père, et enfin promoteur immobilier grâce au soutien paternel.

Ce jour d’octobre 2019, ses 20 millions de dollars lui donnent pourtant du souci. Dans la capitale du pays du Cèdre, les dollars américains, dont on se sert comme d’une deuxième monnaie, sont de plus en plus difficiles à trouver. Le gouverneur de la Banque du Liban, Riad Salamé, est bien obligé d’admettre que la « demande en billets verts a augmenté », mais en minimise aussitôt l’importance. A la télévision, il explique que cette hausse est « peut-être » provoquée « localement » par « les stations essence, les boulangeries, les pharmacies, en raison de la dollarisation » de l’économie au détriment de la livre libanaise.

Sur liste noire du Trésor américain

En réalité, c’est tout l’édifice économique du pays qui commence à se fissurer. Les milliards qui ont afflué pendant des décennies sur des comptes rémunérés à des taux d’intérêt de 12 %, 14 % voire près de 20 % pour attirer des dollars, se transforment en une montagne de dettes difficile à rembourser par l’Etat. Celles-ci dépassent les 150 % du produit intérieur brut (PIB) du pays, l’un des niveaux les plus élevés au monde, dont 40 % sont détenues par des banques, particulièrement exposées.

Le Liban se dirige alors vers le défaut de paiement. Mardi 1er octobre 2019, l’agence de notation américaine Moody’s annonce la « mise sous surveillance » de la note souveraine. Le 4 octobre, lorsque Nabih Nasser se rend à l’agence Saint-Charles de la banque SGBL récupérer ses 20 millions de dollars, il est trop tard. Sa demande est refusée.

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Officiellement, cela n’a rien à voir avec un manque de liquidités. L’établissement bancaire libanais dit avoir des doutes sur l’origine des fonds et soupçonne le père de Nabih, Fadi Nasser, d’être le réel bénéficiaire du compte.

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