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Au bord du Pacifique, au pied du mont Rainier, Seattle, la capitale du Nord-Ouest américain, est devenue l’épicentre de l’épidémie de coronavirus aux Etats-Unis. Vendredi 13 mars, on y dénombrait 26 des 41 décès dus au Covid-19 dans l’ensemble du pays, et un quart des cas de contamination. Et selon le responsable de la santé publique du comté, le docteur Jeff Duchin, les habitants doivent s’attendre à une escalade. « L’équivalent d’un tremblement de terre majeur va nous secouer pendant des semaines et des semaines », a-t-il prévenu mercredi 11 mars.
Dans le reste du pays, on se demande comment une ville d’avant-garde comme Seattle, siège de Boeing, Amazon et Microsoft, haut lieu de la contestation antimondialisation reconverti en capitale de la biotechnologie, a pu devenir l’agglomération américaine la plus exposée au Covid-19. Mais, selon le gouverneur de l’Etat de Washington, Jay Inslee, Seattle n’a rien d’unique. « Le reste du pays sera dans la situation où nous sommes dans deux-trois semaines », a-t-il prédit mercredi en annonçant l’interdiction des rassemblements de plus de 250 personnes dans l’espoir d’éviter que la « crise sanitaire » ne se transforme en « désastre humanitaire ».
La chronologie de la contamination trace une histoire où se mêlent bureaucratie fédérale et refus de suivre l’avis des scientifiques, emblématique de la situation d’un pays pris de vitesse par la propagation du virus. Le premier cas – et premier aux Etats-Unis – remonte au 21 janvier. Il s’agissait d’un homme de 35 ans qui était rentré le 15 janvier d’une visite familiale à Wuhan, le foyer chinois de l’épidémie. Le malade a survécu et les autorités sanitaires ont remonté la piste d’une soixantaine de personnes qu’il avait croisées depuis son retour. Aucune n’a été testé positif. Plusieurs semaines ont passé sans qu’un autre cas soit signalé. Les responsables de la santé publique ont cru avoir circonscrit le phénomène grâce aux contrôles mis en place à l’aéroport. En fait, le Covid-19 s’était déjà installé en territoire américain sans être détecté.
Un retard jamais rattrapé
L’histoire aurait pu tourner différemment. A la faculté de médecine de l’université de Washington, une spécialiste des maladies infectieuses, Helen Chu, collectait justement depuis janvier des échantillons de mucosités nasales dans le cadre du projet de traçage de la grippe, « Seattle Flu Study », une initiative financée par Bill Gates. Elle a demandé l’autorisation de tester aussi la présence du Covid-19 dans ses échantillons. Permission refusée. Les agences fédérales en charge de la santé, la Food and Drug administration et le Centers for Disease Control (CDC), ont justifié que les patients n’avaient pas donné leur accord et que le laboratoire n’était pas homologué pour fabriquer son propre test de dépistage.
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