colère et violences dans le sud de l’Irak

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Des manifestants ont mis le feu au consulat iranien à Nadjaf, en Irak, dans la nuit du 27 au 28 novembre 2019.
Des manifestants ont mis le feu au consulat iranien à Nadjaf, en Irak, dans la nuit du 27 au 28 novembre 2019. STRINGER / REUTERS

Le mouvement de contestation du pouvoir en Irak, qui dure depuis deux mois, a connu une nouvelle escalade de violences dans la nuit de mercredi 27 à jeudi 28 novembre, dans le sud du pays. Au moins vingt-sept manifestants ont été tués dans la ville de Nassiriya, quelques heures après l’incendie du consulat iranien à Nadjaf.

Des centaines de manifestants ont incendié le consulat d’Iran dans la ville sainte chiite de Nadjaf, qui accueille chaque année des millions de pèlerins notamment venus d’Iran, lançant une nouvelle étape dans le premier mouvement social spontané en Irak depuis des décennies. Ils ont crié « Iran dehors ! » et « victoire à l’Irak ! » dans l’enceinte de ce bâtiment, symbole de la République islamique, que les manifestants accusent de tirer les ficelles en Irak.

Lire notre analyse : L’incendie du consulat iranien de Nadjaf marque un tournant dans la contestation en Irak

Un immense cortège funéraire à Nassiriya

Quelques heures plus tard, alors que Nadjaf sous couvre-feu était calme, c’est Nassiriya, plus au sud, qui s’enflammait. Là, au moins vingt-sept manifestants ont été tués par balle quand les forces de l’ordre ont avancé pour reprendre deux ponts de la ville, un foyer historique de la révolte dans le pays, selon des sources médicales et de sécurité.

Plus de 150 personnes bloquant ces ponts dans le cadre d’un large mouvement de désobéissance civile ont été blessées, pour beaucoup par des tirs, et plusieurs sont dans un état critique, ont précisé ces sources. Jeudi, des milliers d’Irakiens participaient à un immense cortège funéraire dans le centre de Nassiriya, malgré un couvre-feu imposé par les autorités locales. Des renforts des forces de sécurité ont été déployés aux abords de la ville, fouillant chaque personne ou véhicule souhaitant y entrer.

Evoquant des « scènes de guerre » à Nassiriya, Amnesty International a accusé les forces irakiennes de se livrer à « une violence consternante » et appelé la communauté internationale à intervenir car « le bain de sang doit cesser ».

Cette vaste opération des forces de l’ordre a été lancée après la nomination d’un nouveau commandant militaire dans la province, comme dans d’autres. Jeudi, le premier ministre irakien Adel Abdel Mahdi est pourtant revenu sur sa décision et a limogé le général Jamil Al-Chemmari, après que le gouverneur de Nassiriya a menacé de démissionner si ce commandant militaire n’était pas démis de ses fonctions. Depuis le 1er octobre, la répression du mouvement de contestation a fait 360 morts et 15 000 blessés, selon un bilan compilé par l’Agence France-Presse (AFP) à partir de sources médicales et policières, les autorités ne communiquant plus sur les morts.

Des Irakiens participent à des manifestations anti-gouvernementales à Nassiriya, dans le sud de l’Irak, le 28 novembre 2019.
Des Irakiens participent à des manifestations anti-gouvernementales à Nassiriya, dans le sud de l’Irak, le 28 novembre 2019. STRINGER / REUTERS
Lire le reportage : « C’est comme si ce pays était le leur » : en Irak, la colère des jeunes chiites contre l’Iran

Un système politique à bout de souffle

A propos de l’incendie du consulat d’Iran à Nadjaf, Bagdad a dénoncé des personnes « étrangères aux manifestations légitimes » qui veulent « clairement saper les relations historiques entre les deux pays ». A Téhéran, qui, depuis le début de la contestation, voit dans le mouvement en Irak un « complot », le ministère des affaires étrangères a réclamé « une action décisive, efficace et responsable contre les agents destructeurs et les agresseurs ».

En deux mois de manifestations, les Irakiens dans les rues crient désormais en plein jour leur colère contre leur grand voisin. Pour eux, dans l’un des pays les plus riches du monde en pétrole – mais aussi l’un des plus corrompus –, le système politique conçu par les Américains, qui ont renversé Saddam Hussein en 2003, est à bout de souffle. Surtout, il est tombé entre les mains de l’Iran et de son puissant émissaire pour les affaires irakiennes, le général Ghassem Soleimani, chargé des opérations extérieures de l’armée idéologique de la République islamique.

Dans la rue depuis le 1er octobre, des dizaines de milliers d’Irakiens réclament la refonte du système politique et le renouvellement total de leur classe dirigeante qu’ils jugent corrompue – officiellement 410 milliards d’euros ont été détournés ces seize dernières années, soit deux fois le PIB du pays –, incompétente et affiliée à diverses capitales qui se disputent l’influence en Irak.

Revenant à la charge, le turbulent leadeur chiite irakien Moqtada Sadr a prévenu que, si le gouvernement ne démissionnait pas, « ce serait le début de la fin de l’Irak ».

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